Archive pour la Catégorie 'Espagne'

Peindre, avec la lumière de l’éternité

 

Crédit photo : Anne Antomarchi

 

Les Maisons Musées m’attirent comme un aimant; surtout lorsqu’il s’agit de celle du peintre :Salvador Dali

On visite la Catalogne pour ses paysages de mer et de montagnes, goûter à sa gastronomie, une des meilleures au monde, contempler son architecture ancienne et s’extasier sur ses réalisations contemporaines. Dommage, certains touristes visitent ces musées lorsqu’il pleut : Autrement dit, s’ils n’ont pas d’autres choix.

Aujourd’hui il pleut, il y a  du brouillard… Rien qui puisse séduire un photographe…et s’il ne pleut pas : le ciel blanc se fond avec la blancheur des murs…au crépuscule, l’apothéose espérée ne sera pas au rendez-vous… une lumière hollandaise, plutôt que méditerranéenne, tombe sur moi; et, comme le disait, Salvator Dali, artiste surréaliste, vedette excentrique, à l’égo surdimensionné dans son livre :

 «The secret Life »: « Port Lligat est le Delft méditerranéen de la lumière »

« Les matins de Port Lligat y sont d’une sauvage et âpre gaîté, les soirs souvent d’une mélancolie morbide. La mer au calme plat n’est plus que le reflet dramatique du ciel »

Lorsqu’il avait 6 ans, son père, loue une maison sur la plage du Llaner à Cadaqués; Dali y  peint, dés l’adolescence. À l’âge de 16 ans : « Je pense à Cadaqués, avec une émotion de profonde tranquillité : peindre, nostalgie, amour silencieux, bleu du ciel, blancheur de l’écume de la mer… Joie! …»

Les Dali recevaient des artistes : Federico Garcia Lorca, Carles Costa et bien d’autres…en 1929, Dali rencontre, lors de la première du film,  « Un chien Andalou » qu’il réalisa avec Buñuel, Gala, de son vrai nom : Elena, Ivanovna Diakonova. Amoureuse, elle quitte le poète Paul Eluard, pour vivre avec le peintre.

Les maisons musées révèlent la face cachée des artistes qui les ont habitées : leur façon de vivre, leurs fréquentations; celle de Dali est à l’image de la puissante imagination qui l’animait ; la maison de Port Lligat est son œuvre.  « C’est là que j’appris à m’appauvrir, à limiter et à limer ma pensée pour qu’elle devienne aussi coupante qu’une hache »

Crédit photo : Anne Antomarchi

En 1930, ils achètent, une cabane de pêcheurs à une  veuve : Lidia, et pendant les 50 années qui suivirent, d’autres vinrent s’ajouter. Reliées entre elles par des couloirs, des escaliers, des terrasses, elles composent un surprenant labyrinthe, en totale harmonie avec le relief. Dali dessine les plans, le pigeonnier, la piscine, les cheminées, les meubles. Rien n’est laissé au hasard : Dans le vestibule, l’ours polaire souhaite la bienvenue et donne le ton :

La grande terrasse domine la mer, les chemins se perdent dans l’oliveraie, des sculptures trônent sur des murets en pierres sèches. Sur les rochers blanchis à la chaux, s’étire un faux serpent, cadeau de la sœur de Brigitte Bardo; Les patios accueillent ses œuvres, les caches pots en forme de tasse présentent les oliviers aux troncs noueux.

« Nous construirions les premiers escaliers de la méthode paranoïa critique et continuerions ce travail tragique et beau de vivre ensemble » Dali

Gala crée le décor intérieur.

Dali, peint, sculpte, crée des bijoux, il a l’art de se mettre en scène, joue de son image photographiée par ManRay

Il apparaît en première page des magazines, rédige des articles engagés, édités dans : Vogue, Time, Life et beaucoup d’autres; conçoit des pages couvertures, des annonces publicitaires. Lorsque j’y étais, se tenait une exposition basée sur cette prodigieuse collaboration.

« Seuls les idiots disent toujours la vérité. Je suis particulièrement intelligent, car je ne dis jamais la vérité » S. Dali.

À dire vrai, ce jour-là, est ce que j’ai expérimenté  le fameux Delft méditerranéen de la lumière?

Un album de Photos ici pour vérifier.

Ils vécurent à Port Lligat de 1930 à 1982, sauf pendant les années :1939 à 1948  (guerre civile en Espagne)

Meubles et objets personnels d’origine.

Source : Imma Parada : Fondation Dali.

Visiter : Cadaqués, Girone, Figueres

Hébergement : Mas de Torrent Hotel & Spa : 22  suites avec jardins privés.

Comment : Air Transat : Montréal-Barcelone.

L’hôtel Puerta América, une destination unique au monde

 

L’hôtel Puerta América. Crédit photo Anne Antomarchi

 

 

« Et pour le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie, je suis né pour te connaître, pour te nommer Liberté » (Paul Eluard)

À Madrid, colorée de bleu, mauve, rouge, jaune, la bâtisse, désormais célèbre de l’hôtel Puerta America se dresse sur l’Avenida di America à 8 km de l’aéroport. Sa façade, œuvre de l’architecte Jean Nouvel, décline en plusieurs langues les strophes calligraphiées du célèbre poème  « Liberté » de Paul Eluard

L’ouverture de l’hôtel fut  un événement planétaire.

Les promoteurs rêvaient d’un hôtel unique créé par l’élite mondiale de l’architecture. Innover, par une spectaculaire mise en concurrence des stars du « design international » de 13 nationalités différentes; donner carte blanche à chacun d’eux pour tout un étage, c’était du jamais vu!

Ce prodigieux hôtel, toujours au top des tendances, n’est pas seulement un hôtel dans lequel nous aimerions loger, il est un espace esthétique qui ouvre ses portes à tous ceux qui le désirent : les étudiants en architecture le découvrent avec  intérêt, on y entre pour déjeuner dans le restaurant Lacrimas Negras. Il se visite comme un Musée sur rendez-vous.

Découverte 

Qui ne rêve pas de faire le tour du monde en visitant les étages de cet incroyable hôtel où le mot Liberté suggère tant de promesses?

Un parc planté d’arbres, une terrasse protégée des courants d’air par des panneaux de verre sur lesquels des arabesques blanches, mettent en évidence les mots écrits en noir et bleu: « Hôtel Puerta América Madrid »

Oeuvre d’Harriet Bourne et de Jonathan Bell, le parc est une intégration réussie entre la végétation et les bâtiments. Les plantations étant récentes, il  faudra attendre quelques années pour  juger du résultat.

Surprendre sur tous les plans! par le choix du quartier à proximité de constructions du genre HLM, qui sont pourtant vite oubliées tant l’attrait de cet univers est captivant. La façade est conçue de 2 pans de murs obliques reliés entre eux par un tube noir abritant quatre  ascenseurs panoramiques qui se précipitent jusqu’au dernier étage et s’arrêtent sous un auvent rouge.

L’apparence de l’hôtel et le décor du 12ième étage, sont l’œuvre de l’architecte Jean Nouvel :12 suites de 60 m2. Géniale est l’idée de symboliser la liberté d’expression par le poème « Liberté » de Paul Eluard, visible en plusieurs langues sur les murs noirs du 12e étage.

Au premier étage, le règne de Zaha Hadid  au 2ieme, celui de Norman Foster au 3ieme c’est Dchipperfield, au 4ieme Studio Plasma… Que choisir: le bois du Japon, l’acier inoxydable, le verre, le granit ou la laque?

L’entrée

Il faut la chercher tant elle est discrète. L’architecte John Pawson a réalisé la conception du Hall et des Salons de l’hôtel. Recréer au cœur de l’hôtel, un espace à l’abri des tracas quotidiens était son objectif premier. Une porte en verre opaque s’ouvre sur un grand Hall circulaire aux murs couverts de fines lattes de bois; Ils se déploient en courbe, englobent le comptoir de la réception, laissent filtrer la lumière du Hall vers l’arrière jusque dans l’espace administratif qui bénéficie ainsi de toute la clarté qui entre à flot, grâce à la transparence des murs extérieurs qui sont en verre. La configuration en demi-cercle de la réception permet la circulation du personnel, sans gêner celle du client.

À gauche de la réception, une séparation en verre sombre ouvre sur le restaurant bar : Lacrimas Negras oeuvre de Christian Liaigre, décorateur français, autodidacte mondialement connu qui mélange ici avec bonheur différents aspects des traditions espagnoles. Bois ciré, acier, verre.

Malgré la beauté sereine des lieux, j’ai hâte de visiter les étages… L’architecte espagnol Felipe Saez de Gordoa, créateur de la structure extérieure, mentionne :

« C’est un hôtel utopique, une Statue de la Liberté, un livre ouvert » Marc Newson a réalisé au 6ieme étage un couloir en bois laqué rouge; un éclairage au néon souligne la forme du sol et celle du plafond.

L’accès aux étages est contrôlé par une carte à puce qui reconnaîtra le numéro de l’étage… en savoir plus? Visitez l’hôtel  ici . Pour plus de photos de l´hôtel c´est ici.

À bientôt, Anne.

Tolède, la « ville aux trois cultures »

 
 
 

Tolède vu de la terrasse du Parador. Crédit photo : Anne Antomarchi

 

Vous êtes à Madrid? Pourquoi pas un jour à Tolède…

 

Tolède (Toledo en espagnol), capitale de « Castilla-La Mancha », inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, est située à 67 km au sud de Madrid. Ville fortifiée datant de plus de 2 000 ans, elle devint successivement romaine et chrétienne. En 711, elle fut une importante ville musulmane… une brillante civilisation qui laissa des témoignages qui se lisent dans chaque pierre. Tolède est surnommée la « ville aux trois cultures », en hommage à cette ère médiévale au cours de laquelle Maures, chrétiens et juifs vivaient, miracle inimaginable, pacifiquement, dans un climat de tolérance et de prospérité. « Les poètes occitans ne connaissent Platon que d’après une seule source : les ouvrages arabes traduits par les Juifs espagnols. Tolède fut le centre le plus important d’où se sont propagées la plupart des sciences arabo-islamiques vers l’Europe entière. »

C’est le printemps. Partie de Madrid par la route A-42, j’admire les collines ocre plantées d’oliviers et de vignes. Ce parcours que l’on voudrait faire à pied afin de ne rien manquer me conduit, une heure plus tard, directement à la terrasse du Parador de Toledo. D’un seul coup d’œil, j’embrasse la cité. Inoubliable! Je respire le parfum des genêts qui dévalent la pente… Tolède est là, immuable, bâtie sur un promontoire de granit, ceinte de remparts et par la boucle du Tage. C’est ici, depuis la rive du fleuve, que le Greco l’a peinte. Églises, couvents, palais arabes serrés les uns contre les autres, coiffés de tuiles rouges, s’enroulent jusqu’au sommet où trône, dominant la cité, l’Alcazar, lieu du siège pendant la guerre civile. C’est aujourd’hui un musée.

Bisagra, porte principale. Crédit photo : Anne Antomarchi

Bisagra, porte principale. Crédit photo : Anne Antomarchi

Le secret pour découvrir la cité? Flâner au hasard de ses escaliers, ses rues étroites, ses ponts, ses portes. Il y a un beau panorama depuis le pont Saint-Martin. Les boutiques proposent des objets magnifiques. La spécialité de la ville est le damasquinage : épées, couteaux, plats, bijoux en acier sont incrustés de filets d’or et d’émaux, une tradition venue de Perse. Il y a aussi la dentelle fait main et la céramique. Une page d’histoire défile sous nos yeux : Tolède ouvre ses mosquées arabes, ses synagogues juives, ses cathédrales chrétiennes.

La cathédrale Santa María de Tolède (VIIe siècle) allie les styles gothique, mudéjar, baroque et néoclassique : la sacristie abrite des œuvres de Raphaël, Rubens, Velázquez, Goya, Titien et la célèbre toile du Greco (El Expolio ou Le Christ dépouillé de ses vêtements). « D’une certaine manière, il anticipa sur les recherches de nos peintres modernes. Ces derniers ont vu en lui un étonnant précurseur. » Dans la chapelle Corpus Christi, vous pourrez assister au rite mozarabe.

Le vignoble de Valdepusa à Malpica de Tajo

Le marquis devant son vignoble. Crédit photo : Anne Antomarchi

Lire la fabuleuse histoire de Carlos y Falcó Fernández de Córdova, marquis de Griñón, un pionnier dans la modernisation de la viticulture et du vin en Espagne. Son domaine vinicole s’étend sur 50 hectares.

Carlos : « Il est obligatoire de réaliser une viticulture durable. »

Le marquis ne fut pas pris au sérieux lorsqu’il préconisa une culture de la vigne avec des techniques avant-gardistes.

Son vignoble est le premier en Espagne à avoir utilisé un système de viticulture, grâce à l’usage d’espaliers lyre et de Smart-Dyson, et le premier à avoir appliqué l’arrosage « goutte à goutte ».

Aujourd’hui, le marquis est devenu le visionnaire de l’industrie du vin, et on vient le consulter du monde entier. La collection comprend les « Dominio de Valdepusa ». Et les huiles sont aussi primées.

Le marquis est amoureux de la nature, et son parc est une splendeur! Il offre de magnifiques vues sur le château de Malpica (1307), sur les rives du Tage.

Où? Malpica de Tajo, village situé à 50 km de Tolède.

Goûter : à la perdrix à l’étuvée, avec oignons et herbes aromatiques, et au cerf accompagné de purée de fruits; au massepain de la confiserie Santo Tomé, tenue depuis 1856 par la même famille.

Place Magdalena : pour les bars à tapas.

La Casa del Temple : ce palais arabe (XIe siècle) marie les trois religions au fond d’une assiette.

Se rendre : Montréal-Madrid avec Air Transat.

Hébergement : www.relaischateaux.com/orfila www.ritzmadrid.com