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Multiples splendeurs à Tanger…

 

Vue de la terrasse de Dar Nour. Crédit Photo : Anne Antomarchi

Face à l’Espagne, Tanger, ville de tous les mystères, contemple depuis sa splendide baie les noces de la Méditerranée et de l’Océan Atlantique…. Et les célébrités qui s’installent de nouveau sur ses vertes collines.

Tanger apparaît telle une île; la mer, comme suspendue en dessous de la ville blanche, scintille… D’un seul regard, on embrasse l’Europe, l’Afrique, une mer, un océan, avec pour les unir, le détroit de Gibraltar.

Par sa situation stratégique, Tanger est marquée par les vents de l’Histoire.  Phéniciens, Carthaginois, Berbères, Portugais et Espagnols ont laissé des traces indélébiles avant qu’elle ne redevienne marocaine. Sa réputation de ville internationale pèse encore dans la mémoire tangéroise.

Porte d’entrée de l’Orient, ses collines verdoyantes exhalant l’odeur du girofle et du jasmin ont vu défiler la fine fleur artistique du monde entier. Source d’inspiration pour plusieurs générations, la ville mythique accueille à nouveau tout ce beau monde et simples touristes subjugués par ses couleurs exceptionnelles et par son atmosphère irréelle, une sorte de nostalgie grisante, hors du temps qui s’en dégage… On dit que Tanger pleure celui qui ne la connaît pas, et que l’on pleure quand on l’a vue. On vous demande encore en riant :

-       Avez-vous votre billet aller-retour ?

-       Pourquoi ?

-        Ceux qui y viennent ne repartent plus, tant ils sont charmés…

La « Dream City » des Anglais 

Son site exceptionnel, plages de sable fin, maisons aux balcons ouvragés, hôtels somptueux, rues animées, port tourné vers l’Europe, et sa lumière incomparable, charment le voyageur. Ses rues pentues se précipitent jusqu’à la mer ou bien escaladent les collines avec d’interminables escaliers qui mettent les mollets à rude épreuve ! Du haut de la Casbah, on peut traverser la Médina et descendre vers les « Petit et Grand Socco », en parcourant les lieux préférés de Matisse et admirer les perspectives qui l’ont inspiré. La végétation unique à Tanger, composée d’essences européennes et tropicales d’une rare luxuriance, a séduit le peintre. Les galeries d’art offrent des expositions de peintres contemporains ainsi que de belles affiches de Majorelle datant de 1924.

Une fois franchie la Porte Bab El Assa, admirer la mer et le port à travers un porche fermé d’une grille en fer. À gauche, le Musée de la Kasbah loge dans le Palais Dar El Makzen; son vestibule s’ouvre sur un patio rénové comme l’a découvert le peintre Eugène Delacroix : une splendeur !

Les terrasses de la villa de Barbara Hutton. Crédit photo : Anne Antomarchi

Les vacances terminées, les touristes, il est vrai, repartent, mais nombreux sont les étrangers qui achètent des dars, les rénovent et ouvrent des maisons d’hôtes. Les artistes  donnent le ton et vont sur les traces d’autres artistes qui ont affectionné Tanger. En haut d’une rue pentue, le légendaire café Baba et ses fenêtres ouvrant sur le Palais de la célèbre, Barbara Hutton, riche Américaine héritière de la chaîne de magasins Woolworth. La villa immaculée, coiffée de terrasses crénelées s’ouvre sur la Médina, la baie et sur un jardin tropical. Ses murs croulent sous les bougainvilliers roses; un gigantesque cactus claque sur le blanc des murs. La porte d’entrée s’orne d’une plaque portant, l’inscription: «Ici, c’est le paradis sur terre ».Dans le jardin, un mausolée; par la fenêtre, on peut voir sa tombe de marbre blanc.

À la recherche du temps perdu :

Tanger vue du port de pêche. Crédit photo : Anne Antomarchi

Sur la colline dominant le port, le café Hafa demeure une adresse pour les visiteurs à la recherche du temps perdu ; secret et silencieux, il est resté tel quel. Ses modestes tables en bois accueillent poètes et joueurs d’échecs; comme autrefois, c’est un endroit populaire. Sur les murs des photos d’artistes des affiches où défilent des noms célèbres grands… Paul Bowles, écrivain et musicologue américain (1910-1999) venu pour un été, y resta sa vie entière et contribua à la révélation d’écrivains marocains. Dans les années 1950, il apprend l’Arabe, vit parmi les Marocains. L’auteur de: «Un the au Sahara» a vu son oeuvre portée à l’écran par Bertolucci

Remerciements : Office National Marocain Du Tourisme – Royal Air Maroc

La suite la semaine prochaine : belles découvertes…

Essaouira, la bien dessinée


Crédit photo : Anne Antomarchi

Sous n’importe quels cieux, la cité séduit. Avril : le ciel s’assombrit et de fortes bourrasques de pluie inondent tout sur leur passage. Depuis les remparts, la vue est éblouissante. Orson Welles y tourna son fameux film Othello. Suzanne Cloutier, comédienne québécoise, y incarna une Desdémone sublime!

Entre Marrakech et Agadir, voici Essaouira. Au XVIe siècle, les Portugais, séduits par la situation stratégique des lieux, y construisent une place forte, le Castello Real, et nommèrent la ville Mogadoura; les Espagnols lui donnèrent ensuite le nom de Mogador.

Au XVIIIe siècle, Théodore Cornut, influencé par l’architecte Vauban (les remparts de Saint-Malo), dessine les plans du port et de la kasbah d’Essaouira. Il réalise une merveille : la ville aux avenues rectilignes, entourée de fortifications, devient Essaouira, « la bien dessinée ».

Depuis 1952, elle porte officiellement le nom d’Essaouira.

Des nuages noirs se déchirent au-dessus de la forteresse, laissent filtrer une lumière irréelle sur le port tout entier et l’écume des vagues d’un océan vert.

Dans le port, attachées côte à côte, des centaines de barques bleues, amarrées aux quais, dansent, légères. Des filets délavés par le soleil et les embruns, roulés en boule, attendent que l’orage passe.

Crédit photo : Anne Antomarchi

Les coques des embarcations, en cale sèche, comme animées par le pinceau d’un peintre, se détachent dans le ciel. Des milliers de mouettes volent bas, leurs ailes déployées remplissent l’espace, composent un étrange ballet, rasent la crête blanche des vagues, en quête de pitance : certaines, tout à fait immobiles, posent pour moi, sur la coque bleue d’une barque renversée. Les plus grands artistes peintres ont vécu ici. Matisse et tant d’autres furent séduits par la lumière exceptionnelle…De toute part, la poésie transpire.

Après la pluie

Le matin, les quais du Port de la Marine offrent un véritable spectacle. Les sardiniers déchirant la brume accostent; se dégage alors une odeur de saumure et d’écailles qui attire les goélands et les mouettes. Sardines et crustacés sont vendus à la criée. Indifférents aux attaques incessantes des oiseaux, les pêcheurs trient leurs butins, réparent leurs filets pendant que d’autres préparent à nouveau leurs appâts, sous le ciel capricieux… Soudain la pluie… Voilà que les rues s’animent de miroirs transparents.

Credit photo : Anne Antomarchi

Les auvents blancs cernés de bleu claquent sous la force du vent; à l’abri derrière leurs étals, les poissonniers, souriants sous leurs capuches, grillent sur de petits barbecues improvisés fruits de mer, poissons et autres sardines… On hume l’air marin, à déguster sur place, debout face à l’océan, malgré le vent et la pluie. Quel plaisir!

Plus loin, la place Prince-Moulay-El-Hassan.

Les cafés-terrasses retiennent les passants, on se donne l’accolade, on transmet les nouvelles, ici respire l’atmosphère d’un village. Voilà que les souks nous interpellent : dans de minuscules ateliers, on peut admirer avec quelle dextérité un jeune artisan crée des supports de lampes.

Sous les arcades, découvrez les petits marchés intérieurs, comme le souk aux légumes et aux épices. Moment haut en couleur chaque jour à 17h : la Joutia, un marché aux puces où l’on peut assister à la vente aux enchères. Visite des galeries d’art, du souk des bijoutiers : coup de cœur pour les colliers en argent ciselé sertis de cornaline.

La négociation est de rigueur : prenez votre temps. On ne bouscule pas le marchand en lui disant que l’on est pressé, en lui demandant 50% de rabais par exemple. Il veut discuter et vous connaître un peu… Accepter une tasse de thé est un bon moyen pour détendre l’atmosphère… Si vous acceptez cette tradition, tout se passera bien. Sous les remparts de la forteresse, des artisans ébénistes créent des échiquiers, de petits meubles marquetés en bois de thuya odorant. Cet arbre très veiné pousse sur la côte atlantique d’Essaouira. Des travaux de renommée internationale.

Visiter

Info : Tourisme marocain

Medina : Patrimoine mondial de l’UNESCO

Hébergement : Dar Mimosa (mimosas1@iam.net.ma)

À savoir :

À Essaouira, découverte de la couleur pourpre : certaines variétés atteignaient le prix des métaux précieux.

Sous la lumière de l’olivier

Crédit photo : Anne Antomarchi

« Il y a la route de la soie, du thé et celle plus émouvante de l’olivier. »

L’origine

À propos d’une ville nouvelle, une légende grecque raconte que l’olivier est le fruit d’une querelle entre Athéna, déesse de la Sagesse, et Poséidon, dieu de la Mer. Zeus, dieu des dieux, régla le conflit en proposant à chacun de faire un don à l’humanité. Poséidon fit sortir d’un rocher un cheval capable de gagner les batailles. Athéna se pencha sur un morceau de terre d’où jaillit un arbre permettant de nourrir, de soigner, et ne mourant jamais : l’olivier fut déclaré « le don le plus utile à l’humanité ». Athéna obtint la protection de la ville dénommée « Athènes ».

Les oliviers apparurent au Sahara 11 000 ans avant J.‑C. À la fin du déluge, c’est une colombe qui apporta un rameau d’olivier, symbole de la paix.

La Méditerranée produit 98% de l’huile d’olive, avec 500 millions d’arbres sur un total de 650 millions dans le monde.

Une lumière

Pour les trois religions monothéistes, il est « l’Arbre mythique », sacré symbole universel de la paix. Pour lui, des routes commerciales se sont tracées, des ports sont nés sur les côtes. Les échanges continuent autour de sa culture. Les lampes à huile ont pendant des siècles éclairé les visages penchés sur des manuscrits, des travaux manuels.

Enfant de la Méditerranée, j’ai vu ma grande mère vénérer sa lampe à huile et sa jarre en terre cuite; du haut de mes trois ans, la jarre imposante était hors de portée, mais que de mystère à l’intérieur! Surprise, je voyais sortir des œufs* du fond de ce contenant plein d’huile d’olive.

Il y a des terres où l’arbre emblématique est source de vie. Sur la route qui va de Fès à Sefrou, au Maroc, le vent soufflait si fort que je pouvais à peine tenir debout, difficile de traduire en photo la beauté de l’instant! Mais une heure avant, rien ne laissait présager l’orage.

Un lieu

C’est l’automne au Maroc. Sur la route qui va de Fès à Sefrou, dans la lumière du soir, une terre ocre surgit; un lieu qui plairait à Virgile, vallonné, pastoral. Le paysage est une immense sculpture de coteaux aménagés où l’oléiculture prédomine. La houle ample des oliviers séculaires ploie sous les fruits mûrs que des familles cueillent : c’est comme une danse autour de l’arbre, une joie liée à l’abondance. Je goûte!

Sur une montagne de roches roses apparaissent, isolés sur un promontoire accrochant les derniers éclats du soleil, un olivier, une femme, un homme, avec leurs gestes répétés depuis des millénaires. Une harmonie parfaite régnait en cet instant. Une communion entre les gens et la terre. Un berger sur la crête d’un plateau conduit son troupeau. Dans le lointain, de vastes étendues labourées délimitées par des rangs d’oliviers s’épanouissent en parcelles, courent de vallées en coteaux semblables à des sentinelles. Les feuillages bruissent dans le vent, scintillent au soleil.

La beauté

La relation entre les artistes et l’olivier est fascinante. Le peintre Van Gogh dans la lettre à Théo :

« Les oliviers sont caractéristiques et je lutte pour attraper cela. C’est de l’argent, plus bleu, verdi blanchissant sur terrain rose, orangeâtre jusqu’à l’ocre rouge. »

 

Les oliviers dialoguent-ils entre eux?

Je vous lance un défi : Giuseppe Bonaviri, écrivain sicilien, montre, dans un de ses célèbres romans, Le Murmure des oliviers, la capacité qu’ont ces arbres à dialoguer. Voici ce qu’il dit : « Dans la campagne, aussi loin que pouvait porter le regard, on ne voyait personne, à part les oliviers avec leurs frondaisons dont les branches ployaient sous la pluie qui tombait. » Lisez-le, nous en reparlerons.

Costanza Ferrini, auteure de Pour une littérature de l’olivier, m’a inspiré le plan de ce texte; elle nous parle du « lieu » et mentionne un passage de l’Odyssée d’Ulysse où notre héros goûte aux bienfaits du massage à l’huile d’olive : « Je me laverai de l’écume qui couvre mes épaules et m’enduirai de cette huile que depuis si longtemps ma peau n’a pas connue. »

Allez savoir pourquoi ce stop sur la route qui mène de Fès à Sefrou m’a remplie de bonheur. Sans doute me suis-je dit : la paix dans le monde, c’est tout un programme! J’y ai cru l’espace d’un moment, et vous?

*Immergés dans l’huile d’olive, les œufs se conservent pendant des mois.

Une recette que j’ai adoptée : la daurade aux olives vertes (et au citron).

J’utilise l’huile d’olive pour nourrir ma peau : les recherches scientifiques confirment les vertus de l’olivier et de ses fruits.

Tout sur les oliviers ici.

À bientôt,

Anne