Sous n’importe quels cieux, la cité séduit. Avril : le ciel s’assombrit et de fortes bourrasques de pluie inondent tout sur leur passage. Depuis les remparts, la vue est éblouissante. Orson Welles y tourna son fameux film Othello. Suzanne Cloutier, comédienne québécoise, y incarna une Desdémone sublime!
Entre Marrakech et Agadir, voici Essaouira. Au XVIe siècle, les Portugais, séduits par la situation stratégique des lieux, y construisent une place forte, le Castello Real, et nommèrent la ville Mogadoura; les Espagnols lui donnèrent ensuite le nom de Mogador.
Au XVIIIe siècle, Théodore Cornut, influencé par l’architecte Vauban (les remparts de Saint-Malo), dessine les plans du port et de la kasbah d’Essaouira. Il réalise une merveille : la ville aux avenues rectilignes, entourée de fortifications, devient Essaouira, « la bien dessinée ».
Depuis 1952, elle porte officiellement le nom d’Essaouira.
Des nuages noirs se déchirent au-dessus de la forteresse, laissent filtrer une lumière irréelle sur le port tout entier et l’écume des vagues d’un océan vert.
Dans le port, attachées côte à côte, des centaines de barques bleues, amarrées aux quais, dansent, légères. Des filets délavés par le soleil et les embruns, roulés en boule, attendent que l’orage passe.
Les coques des embarcations, en cale sèche, comme animées par le pinceau d’un peintre, se détachent dans le ciel. Des milliers de mouettes volent bas, leurs ailes déployées remplissent l’espace, composent un étrange ballet, rasent la crête blanche des vagues, en quête de pitance : certaines, tout à fait immobiles, posent pour moi, sur la coque bleue d’une barque renversée. Les plus grands artistes peintres ont vécu ici. Matisse et tant d’autres furent séduits par la lumière exceptionnelle…De toute part, la poésie transpire.
Après la pluie
Le matin, les quais du Port de la Marine offrent un véritable spectacle. Les sardiniers déchirant la brume accostent; se dégage alors une odeur de saumure et d’écailles qui attire les goélands et les mouettes. Sardines et crustacés sont vendus à la criée. Indifférents aux attaques incessantes des oiseaux, les pêcheurs trient leurs butins, réparent leurs filets pendant que d’autres préparent à nouveau leurs appâts, sous le ciel capricieux… Soudain la pluie… Voilà que les rues s’animent de miroirs transparents.
Les auvents blancs cernés de bleu claquent sous la force du vent; à l’abri derrière leurs étals, les poissonniers, souriants sous leurs capuches, grillent sur de petits barbecues improvisés fruits de mer, poissons et autres sardines… On hume l’air marin, à déguster sur place, debout face à l’océan, malgré le vent et la pluie. Quel plaisir!
Plus loin, la place Prince-Moulay-El-Hassan.
Les cafés-terrasses retiennent les passants, on se donne l’accolade, on transmet les nouvelles, ici respire l’atmosphère d’un village. Voilà que les souks nous interpellent : dans de minuscules ateliers, on peut admirer avec quelle dextérité un jeune artisan crée des supports de lampes.
Sous les arcades, découvrez les petits marchés intérieurs, comme le souk aux légumes et aux épices. Moment haut en couleur chaque jour à 17h : la Joutia, un marché aux puces où l’on peut assister à la vente aux enchères. Visite des galeries d’art, du souk des bijoutiers : coup de cœur pour les colliers en argent ciselé sertis de cornaline.
La négociation est de rigueur : prenez votre temps. On ne bouscule pas le marchand en lui disant que l’on est pressé, en lui demandant 50% de rabais par exemple. Il veut discuter et vous connaître un peu… Accepter une tasse de thé est un bon moyen pour détendre l’atmosphère… Si vous acceptez cette tradition, tout se passera bien. Sous les remparts de la forteresse, des artisans ébénistes créent des échiquiers, de petits meubles marquetés en bois de thuya odorant. Cet arbre très veiné pousse sur la côte atlantique d’Essaouira. Des travaux de renommée internationale.
Visiter
Info : Tourisme marocain
Medina : Patrimoine mondial de l’UNESCO
Hébergement : Dar Mimosa (mimosas1@iam.net.ma)
À savoir :
À Essaouira, découverte de la couleur pourpre : certaines variétés atteignaient le prix des métaux précieux.




Anne est une globe-trotter infatigable, journaliste-photographe-réalisatrice, curieuse de tout. Découvrir la société à travers l’architecture, l’art et les évènements spéciaux, la passionne. Elle a survolé le Périgord en avion ultraléger motorisé, a sondé l’âme russe en tournant un documentaire à Saint-Pétersbourg, intitulé Razgovor et sélectionné au Festival international du film sur l’art (FIFA) en 2006. Le documentaire et les voyages sont sa passion.