Archive pour la Catégorie 'Mexique'

Xcanatún, un secret bien gardé

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Stylisme Anne Antomarchi © N. Ruel

Il existe, loin des rues trépidantes et des boîtes de nuit, des marinas et des grands hôtels du sud, une adresse unique, une demeure paisible cachée au cœur d’un site naturel.

Dans un écrin de verdure émeraude : Xcanatún, dorée, sertie dans le velours d’un parc de plusieurs hectares, dégage le charme singulier d’une maison authentique, empreinte d’une certaine nostalgie. Quelques pas sous le porche et vous voici au sein même de cette nature exotique. Baudelaire aurait pu dire : « Mon amie, ma sœur, songe à la douceur d’aller là-bas vivre ensemble… ici tout est “ ordre et beauté, luxe, calme et volupté”. »

La restauration réalisée en 1994 par la famille Ruz Baker respecta l’architecture d’origine. L’Hacienda Xcanatún présente des espaces où règnent la justesse de tons et l’harmonie des couleurs.

Bâtie selon un plan classique, elle offre un premier corps de bâtiment carré, au centre duquel un jardin et une fontaine. Sur la gauche, une chapelle. Puis viennent d’autres bâtiments servant à la transformation de l’agave; les peones et les acasillados, travailleurs qui logeaient ou non sur place, étaient asservis par les dettes contractées au magasin de l’hacienda.

Les experts ont proposé des projets de restauration pour les bâtiments existants et des plans de reconstruction pour ceux dont l’état écartait toute récupération. Ils ont associé des éléments modernes et néoclassiques, comme le bois, le fer, la terre, la pierre, le marbre et le verre.

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Stylisme Anne Antomarchi © N. Ruel

Les murs recouverts d’un crépi jaune et d’ocre sont agrémentés de fers forgés réalisés par les artisans de la région. Le parc habité par une collection de fleurs et de plantes a nécessité beaucoup d’attention. Comme surgies d’une serre sauvage, on y admire mille essences tropicales: des bougainvilliers enlacent les piliers; les camélias et les gardénias distillent leur parfum capiteux; les ibiscus, les lauriers roses ornent les pergolas; les oiseaux de paradis, les fougères géantes frémissent au moindre souffle d’air… Des plantes rares déclinent leurs couleurs brillantes, dans les galeries, autour des colonnes, dans les vasques en granit.

À l’ombre de gigantesques magnolias aux feuilles brillantes, de palmiers voyageurs, de romantiques chemins bordés d’ancolies s’évadent en méandres vers de paisibles petits étangs et s’arrêtent dans des clairières inattendues peuplées de micocouliers. C’est un savant réseau d’allées majestueuses, de frais petits sentiers, de broderies de buis se mirant dans des bassins tranquilles. Là, des vasques en pierre remplies d’eau fraîche où viennent s’abreuver des oiseaux… Ils offrent un concert d’une virtuosité de sons inégalés : roulades, trilles et vocalises pour chaque instant que l’on respire et d’un seul coup le point d’orgue à la nuit close, lorsque la voûte céleste allume ses étoiles dans un final éblouissant. La contemplation de tant de beauté est un parfait antidote au stress!

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Stylisme Anne Antomarchi © N. Ruel

Les 18 suites réparties dans des maisons ouvrent leurs portes sur une grande terrasse privée; au sol, des dalles de marbre ocre. Quand l’astre commence à descendre, les rayons dorés  filtrés par les canisses des auvents dessinent sur le sol un éblouissant ramage d’ombre et de lumière… le moment rêvé pour goûter aux pistaches fraîches, ou lire, calée dans la douceur d’un moelleux fauteuil… les fenêtres du salon grand ouvertes sur des tableaux que Gauguin lui-même aurait pu peindre.

Infos : hôtel, restaurant et spa

hacienda@xcanatun.com

Photos : N. Ruel

Le monde en parlait…

La Noche del Sol ou les adieux de Luciano Pavarotti à l’Amérique…

Un paysage inoubliable au cœur d’une lagune grandiose! La promesse que, lorsque l’obscurité tombera, un chant, lui, s’élèvera…

Le 18 octobre 2003, les médias du monde entier se déchaînèrent… Pourquoi?

Vignoble Chateau Camou. Crédit : Anne Antomarchi

En ces belles journées automnales, la Basse-Californie du Nord est en effervescence! Sa capitale, Mexicali, fête les 100 ans de sa fondation en accueillant la star du bel canto : Luciano Pavarotti. « À 68 ans, il effectue une tournée mondiale pour la sortie de son disque Ti Adoro », titraient les magazines. En fait, il s’agissait plutôt d’une tournée d’adieu à la scène qui le mènerait à Modène pour ses 70 ans, puis à Paris pour une fête gigantesque et enfin au Metropolitan Opera de New York. Mais pour l’instant, il faut briller à Mexicali, première étape de sa tournée. Mexicali a misé sur lui.

Rien n’est impossible

Le nom de Mexicali est né de la fusion des mots MÉXI-co et CALI-fornia. La ville, située en plein désert à deux heures et demie de la frontière américaine, est délimitée à l’est par la mer de Cortés. Ses 200 000 hectares de terres irriguées impressionnent par ses récoltes de blé, de coton. Mexicali est un exportateur mondial d’asperges, de brocolis, d’oignons verts et de radis. La vallée de la Guadalupe est aussi connue pour ses vins, comme le Château Camou.

Le lien avec le célèbre ténor? Les habitants de Mexicali sont des entrepreneurs! Ils souhaitent l’apprendre au reste du monde! Pour atteindre cet objectif, il faudra réaliser un projet exceptionnel.

Aujourd’hui les jeux sont faits. Dans la presse locale : « Cette expérience incroyable hissera Mexicali à la hauteur des villes qui ont accueilli la star du bel canto et ses concerts mémorables; on cite les évènements où la star a brillé : les grandes pyramides en Égypte, l’Acropole d’Athènes, Chichén Itzá, au Mexique, ou encore la tour Eiffel à Paris. »

La communauté tout entière fut mise à contribution… Les jours précédant le concert, l’excitation est à son comble, palpable dans la rue, les magasins, chez le coiffeur, au marché, sur le campus de l’université. On s’adresse à son voisin, mais aussi aux inconnus. « Ce sera un héritage à laisser à nos enfants afin qu’ils se rendent compte que rien n’est impossible; cette expérience dépassera toutes les limites dans le temps et l’espace… sera la fierté de ses habitants pour de nombreuses années à venir… »

On discute, du programme, de la température… C’est simple : on mange à peine, on n’en dort plus! Des personnes n’ayant jamais eu de goût pour l’opéra veulent tout savoir sur Luciano Pavarotti : où logera-t-il, que mangera-t-il, comment se déplacera-t-il dans la ville de Mexicali?

Le plus petit détail a son importance : le quotidien La Crónica signale que la vedette a demandé 50 suites pour son personnel, neuf oreillers pour son lit, une cuisine pour ses propres chefs qui l’accompagnent.

On se précipite pour acheter ses disques. La chanson la plus demandée est : ‘O Sole Mio. Certains journaux s’adressent au ténor avec humour : cher Pavarotti… C’est notre ville qui a capturé le soleil, il n’est pas à vous! Imaginez une ville où les températures atteignent plus de 45°C et où les résidents s’appellent Cachanillas d’après un arbuste épineux et sec du désert.

Le jour J arriva : j’ignore où se tiendra le concert… À suivre…

Centre culturel de Tijuana. Photo : Anne Antomarchi

Visiter : Le Centre culturel de Tijuana, œuvre du célèbre architecte mexicain Pedro Ramírez Vázquez et de Manuel Rosen Morrison, intégré d’emblée au paysage urbain car il est devenu l’un de ses points de repère, situé au cœur de la zone la plus moderne, en raison de la sphère emblématique.

J’étais l’invitée du Conseil du Tourisme Mexicain. 

 

 

 

 

El Chepe, un train pas comme les autres, suite…

Entrée du Musée National d'Anthropologie à Mexico.

L'entrée du Musée National d'Anthropologie à Mexico

Point de départ de l’itinéraire, México et le captivant Musée national d’anthropologie, à l’extraordinaire architecture conçue par Pedro Ramírez Vásquez, en fait, comme le disait André Malraux, le plus beau musée du monde :

« Les peuples puisent dans la grandeur de leur passé, valeur et confiance devant l’avenir. Mexicain, contemple-toi dans le miroir de cette grandeur. Éprouve ici, étranger, l’unité de la destinée humaine. »

Dans la précédente partie de ce reportage, il est question d’un projet unique au monde, conçu, dit-on, dans le respect de l’environnement : aussi inimaginable que la conception du « Ferro Carril » il y a 90 ans, le téléphérique sera en service à l’automne. Depuis la station El Divisadero, il s’envolera, en « deux temps » pour un parcours de 5 500 m, jusqu’à la rivière Urique. Quelque 60 touristes embarqueront dans une nacelle… en une heure 510 passagers atterriront, en 8 min et 2 750 m plus loin, au cœur du canyon!

L’emplacement du “premier stop” du téléphérique: sur la photo, au centre, à gauche du mont en forme de champignon, un plateau de forme ronde.

Pour le deuxième trajet, des nacelles de huit passagers survoleront un cadre encore vierge de 2 740 m, en 6 min. Le voyageur pourra tremper ses pieds dans la rivière Urique, ou dans des sources d’eau chaude; déambuler au cœur d’une forêt sur des ponts suspendus; chevaucher au cœur de contrées inconnues; glisser (110 000 visiteurs attendus) avec des tyroliennes à toute allure et faire peur aux oiseaux? Et des chemins pour des 4X4 et des motocyclettes. Même si j’anticipe l’excitation de me trouver au cœur du « canyon du Cuivre », quelques questions se posent. Les Tarahumaras ont-ils été consultés pour ce projet? Sont-ils d’accord? Quelle sera leur participation? Et l’impact sur l’environnement?

Sur place, l’ingénieur en chef annonce que les Tarahumaras seront les gérants du parc; ils ont donné leur accord lorsqu’ils ont compris que le transport par air se ferait silencieusement, donc, sans effrayer la faune. Le transport des matériaux par hélicoptère jusqu’au fond du canyon fut écarté car bruyant et coûteux; des mules accompagnées par les Tarahumaras feront le travail. D’autre part, des formations seront offertes à ceux qui désirent accueillir les touristes au sein de leur communauté… Le gouvernement offre un soutien financier et prend à sa charge la promotion du projet. Certaines questions demeurent pourtant sans réponse : l’impact sur le mode de vie des Tarahumaras et sur l’environnement. C’est à suivre.

Coups de cœur

Baie de Topolambo: Les dauphins.

Topolambo : les dauphins + gastronomie « La Isla ».

El Fuerte hôtel à El fuerte.

Arrêt : El Fuerte : Hôtel El Fuerte,

porte d’entrée des Barrancas del Cobre.

Arrêt : Bahuichivo : Paraíso del Oso.   Diego et Ana María ont conçu un programme pour les Tarahumaras.

Possada Barrancas, vue depuis la terrasse sur les canyons.

Arrêt : Possada Barrancas.   La terrasse de ma chambre : 350 degrés de vertige!

Arrêt : El Divisadero : nouveau : un téléphérique.

Arrêt : Creel : The Lodge.

Fresque représentant El Padre Don Miguel Hidalgo père de l’Indépendance du Mexique 30 juillet 1810. (200 ans cette semaine)

Arrêt : Chihuahua : Museo del Palacio de Gobierno : El Padre Don Miguel Hidalgo, père de l’indépendance du Mexique (200e anniversaire en 2010).

http://www.conexionalaaventura.com/esp/estatales.html

El Chepe, un train pas comme les autres

Crédit photo: Anne Antomarchi

« Nous sommes loin de l’actualité guerrière et civilisée du monde moderne, et non pas guerrière bien que civilisée, mais guerrière parce que civilisée : c’est ainsi que les Tarahumaras pensent. » Les Tarahumaras (Antonin Artaud, 1936)

 

Pour fêter le bicentenaire de l’indépendance et le centenaire de la Révolution mexicaine, le président Felipe Calderón, lors d’un déjeuner à la résidence présidentielle de Los Pinos à México, le 21 mai 2010, propose aux voyagistes et aux journalistes sa nouvelle campagne visant à promouvoir le tourisme culturel : les routes du Mexique.

Au cœur de la Sierra Madre, des canyons quasi impénétrables cachent d’inimaginables espaces, visibles depuis le vertigineux chemin de fer qui serpente de Chihuahua à Los Mochis. Départ pour l’aventure avec non pas le train le plus rapide, mais avec El Chepe, ou Chihuahua El Pacífico.

Mon choix : la route des Tarahumaras. J’y étais en 2004.

Crédit photo: Anne Antomarchi

Cette route va de Los Mochis à Chihuahua, capitale de l’État de Chihuahua, à la frontière du Texas. Dans la Sierra Madre inaccessible furent menés des travaux gigantesques : le Ferrocarril,  œuvre d’ingénierie de 655 km, est le plus grand exploit ferroviaire du XXe siècle. Il fallut 90 ans pour concrétiser ce défi. Dans un labyrinthe de canyons, le train grimpe à 2 461 m au-dessus du niveau de la mer : 37 ponts et 86 tunnels dévoilent rivières, lacs, cascades et gouffres profonds. Je retiens mon souffle, lorsque, coincée entre deux wagons afin de capter ces images, El Chepe rase les parois rocheuses, zigzague au fond d’une vallée où s’épanouissent des forêts de cactus centenaires; frôle l’abîme, redescend au creux de gigantesques failles, traverse des ponts métalliques avec plus de 1 000 m de vide sous les rails. Si sauvages, ces Barrancas del Cobre, qu’elles menèrent la vie dure aux conquérants espagnols, mais protégèrent les Tarahumaras réfugiés dans ses gorges, puis aux Américains à la recherche de Pancho Villa, héros de la Révolution.

Les Tarahumaras : « Pour eux, vivre dans les villes c’est se tromper. » Antonin Artaud

Ils sont éleveurs, agriculteurs et suivent le cycle de la Lune pour les semailles. Les tâches sont partagées entre les époux. La femme prend charge des enfants, crée et vend ses objets artisanaux. À moitié nomades, ils vivent volontairement à l’écart de la société moderne, déménagent de vallées en plateaux suivant le rythme des saisons. Les enfants sont propriétaires à six ans de quelques chèvres; personne n’a le droit d’intervenir dans ce contrat. L’objectif : développer le sens des responsabilités.

Crédit photo: Anne Antomarchi

Les Tarahumaras ont le sens du partage, mendient et, si on leur donne de l’argent, « ils ne disent pas merci car pour eux donner à celui qui n’a rien… n’est même pas pour eux un devoir, c’est une loi de réciprocité physique que l’homme blanc a trahie » (Artaud). On suggère d’acheter leurs produits plutôt que de leur donner de l’argent. Certains vivent dans des grottes, à proximité des hôtels et des aires fréquentées. Ils sont comme dans une vitrine… Ceux qui se prêtent à ce jeu vivent uniquement de la vente de leurs produits. C’est voulu par eux et par le gouvernement, car cette situation attire le touriste qui a l’impression qu’il vient de découvrir l’homme des cavernes! Les Tarahumaras vivent depuis 30 ans dans des maisonnettes en briques séchées au soleil et pas dans des grottes. Sont-ils perdants ou gagnants à ce jeu-là?

Qu’est-ce qui a changé six ans plus tard? On a construit une grande gare à El Divisadero; balisé les sentiers qui bordent les ravins; sécurisé terrasses et points de vue. D’ici quelques mois aboutira un projet colossal unique au monde : un tramway aérien, long de 5 500 m, qui transportera les voyageurs jusqu’à la rivière Urique, au cœur du plus vaste canyon des Barrancas (c’est à suivre : je reviendrai sur le projet et ses activités écotouristiques, les hôtels).

Artaud, en 1936, parlant des Occidentaux : « Nous sommes les hommes qui se sont trompés…» Et aujourd’hui? « Il y a là un mystère que les sorciers Tarahumaras ont jalousement gardé. »

 

Itinéraire : Los Mochis/Bahuichivo/El Fuerte/Ceroahui/Barrancas/Creel/Chihuahua

Merci au Conseil de promotion touristique du Mexique

www.mexicana.com

www.aeromexico.com

À savoir :

Tarahumaras : 106 000 individus