Archive pour la Catégorie 'Tunisie'

Carthage aujourd’hui

O162 la piscine du Da Saïd, à Sidi Boussaïd, avec vue sur le golfe de Tunis. Crédit photo : Anne Antomarchi

La mosaïque à la rose avec le prof Pierre Senay. Crédit photo : Anne Antomarchi

« Carthage, reine des mers », « Carthage est un navire à l’ancre ». Seule Venise lui est comparable, notait pour la décrire Strabon, écrivain né vers 64/63 av. J.-C et connu pour sa Géographie.

Au pied de la colline de Byrsa, en bordure du rivage, on aperçoit les deux bassins des ports antiques de Carthage qui témoignent de l’activité prodigieuse qui régnait alors dans le Bassin méditerranéen. Grâce à sa situation, sur une presqu’île au fond d’un golfe, elle surveille tout mouvement vers la mer. Sa position stratégique lui vaudra d’être, par sa puissance, la rivale de Rome. Aujourd’hui Carthage est une banlieue de Tunis et un site archéologique important.

Et Mosaïques lotus. Crédit photo : Anne Antomarchi

Et Mosaïques lotus. Crédit photo : Anne Antomarchi

Le monument africain le plus remarquable…

C’était à Carthage, le samedi 15 juin 2002, sur le site de la Rotonde, le monument africain le plus remarquable de la période paléochrétienne des IVe et Ve siècles, en plein midi sous le chaud soleil de la ville antique…

Monsieur Pierre Senay, archéologue, professeur au Département des sciences humaines à l’Université du Québec à Trois-Rivières, dirige depuis 1976 des fouilles sur le site de la Rotonde de Carthage, construite par les héritiers de Constantin, autour de 350 apr. J.-C. et enfermant sans doute une relique de la Sainte-Croix. Ce site comprend également les ruines d’une basilique « triconque » et un quartier ecclésiastique.

Fragments de mosaïques: le médaillon central. Crédit photo : Anne Antomarchi

Fragments de mosaïques: le médaillon central. Crédit photo : Anne Antomarchi

Le professeur Senay, assisté par des étudiants universitaires, tous passionnés d’archéologie, vient depuis plus de 25 ans à Carthage, animé par une passion : la découverte et l’étude de l’archéologie. Intarissable sur le sujet, il explique comment l’insertion de grandes amphores, en « terre cuite vide », dans le ciment, allège considérablement les immenses et lourdes « voûtes d’arêtes » (croisement de deux voûtes en berceau) qui ont permis la construction de très grands espaces avec arcades sans aucune traverse. Ce jour-là, le professeur Senay est particulièrement fier, car une équipe vient de découvrir une somptueuse mosaïque… nous assistons à la découverte le cœur battant… la mise au jour se fait lentement, sous nos yeux, les figures se précisent, les dessins en volute apparaissent sous les grabats… c’est un magnifique médaillon, on peut voir en son centre une vasque avec deux roses, le tout entouré d’une couronne de feuilles de lauriers. Délicatement les étudiants balaient, puis procèdent à l’arrosage avec plusieurs seaux d’eau… Habillée de marbres blanc, gris, bleu et rose, la voici resplendissante au soleil, l’émotion est à son comble!. Nous sommes songeurs devant tant de beauté dévoilée pour la première fois au grand jour : le chef-d’œuvre sorti des ténèbres 1 500 ans plus tard s’offre à nous dans toute sa splendeur! Professeur Senay : La partie dégagée mesure environ 2,30 mètres sur 3,30 mètres. Elle se trouve à une altitude moyenne de 37,96 mètres. Les losanges de la mosaïque sont typiques et sont propres à une période, qui elle aussi se situe à la fin du IIIe et début IVe. Elle date de la fin du IIIe, début IVe siècle.

Son nom sera : la Mosaïque à la Rose.

Il est midi à Tunis, le soleil darde ses chauds rayons place de la Casbah, des fontaines murmurent au centre de bassins fleuris de jasmins. À l’ombre des arbres, des jeunes filles, assises sur le muret qui borde le bassin, prennent leur repas de midi… C’est un enchantement que de se faufiler aux petites heures du jour dans les fraîches rues étroites de la Médina, à l’ouverture des échoppes… là une odeur de café vous guide jusqu’à une tasse fumante… ici trois hommes, assis sur des coussins dans une minuscule boutique surélevée, tirent l’aiguille comme le faisaient leurs ancêtres avant eux, dessinent et brodent en fil de soie, en fil d’or, de somptueuses arabesques. Dans le souk des chéchias, rien n’a changé, elles sont confectionnées à l’identique depuis des siècles… la journée ne suffira pas pour tout voir ! Lorsque l’harmonie reviendra, visitez ce pays : je n’ai que de bons souvenirs.

O162 la piscine du Da Saïd, à Sidi Boussaïd, avec vue sur le golfe de Tunis. Crédit photo : Anne Antomarchi

O162 la piscine du Da Saïd, à Sidi Boussaïd, avec vue sur le golfe de Tunis. Crédit photo : Anne Antomarchi

Se loger :

Sidi Bou Saïd

Au Dar Saïd, une ancienne demeure.

Avec restaurant piscine, hammam, et une magnifique vue sur le golfe de Tunis.

Se restaurer :

La Marsa : El Hawa, restaurant gastronomique, sur l’eau.

La Soukra : branché, le restaurant La Closerie

La propriétaire est un spectacle en soi.

Tunis : le restaurant Chez nous, depuis 1935, a reçu les plus grands du cinéma mondial.

Médina de Tunis : Dar El djeld, un somptueux palais décoré de mosaïques anciennes. C’est un endroit fabuleux!

Les Mémoires d’Adrien de Marguerite Yourcenar (Hadrien, empereur romain, père adoptif d’Antonin), à la fois roman, histoire, poésie…

Écouter l’Opéra Salammbô, magnifique! Dans le célèbre film Citizen Kane d’Orson Welles.

Carthage rivale de Rome

Aujourd’hui, la position géostratégique de Carthage est toujours enviée. En juin 2010, des manœuvres militaires « tuniso-américaines » se sont déroulées d’une manière discrète en Méditerranée… Une question se pose : Comment évoluera cette révolution et que nous dit l’Histoire?

La rivalité entre Rome et Carthage engendre pendant des siècles des guerres successives et cruelles, ayant pour enjeu l’hégémonie en Méditerranée occidentale.

En 241 av. J.-C., la guerre s’achève par la cession aux Romains de la partie carthaginoise de la Sicile. La Sardaigne et la Corse sont prises à Carthage. À son tour, Carthage acquiert un point d’appui en Espagne et reprend les hostilités. Le téméraire Hannibal envahit l’Italie, à la tête de 50 000 fantassins, 9 000 cavaliers et 37 éléphants, et franchit l’Èbre, les Pyrénées, le Rhône, les Alpes et atteint Rome en vainqueur. Hannibal infligea aux Romains une série de défaites, ravagea la majeure partie du pays méridional durant plusieurs années. Néanmoins, les renforts attendus n’arriveront jamais. Rappelé en Afrique, il capitule. En 149 av. J.-C., Scipion Émilien fit de Carthage une province romaine d’Afrique. Ainsi la Carthage romaine recouvre la punique, la médiévale emprunte aux ruines de l’antique, et la moderne, visitée chaque année par des milliers de touristes, témoigne de 3 000 ans d’histoire.

L’apport des Romains : le choc des civilisations

Des réalisations spectaculaires! La Tunisie sous domination romaine a connu un développement considérable, notamment dans le domaine de l’urbanisation, au demeurant déjà très avancé. Au nord, les cités ont exploité la relative abondance des précipitations et des nappes phréatiques, en se dotant de citernes domestiques ou publiques, de fontaines monumentales, de réservoirs et de puits, exploitant des nappes de surface ou des couches plus profondes.

Maîtrise de l’eau : un après-midi aux « thermes d’Antonin »

Les spas, les Romains les avaient découverts avant nous.

Chaque matin, l’Empereur discute avec ses administrateurs. Avec sagesse et générosité, il poursuit son action sociale, son objectif d’adoucir la condition des esclaves. Les peines d’emprisonnement doivent être plus clémentes : abolir la torture et assouplir le statut de la femme, lui accorder pratiquement les mêmes droits qu’à l’homme. C’est à cela qu’il songeait en se dirigeant vers les thermes. Son regard se porte au loin; le soleil, déjà haut dans le ciel, jetait un halo de lumière sur la mer. Il est ébloui par la beauté inégalée qui se dégage des lieux, comparables à ceux de Pompéi et d’Herculanum, bien que plus anciens. Les architectes et les ingénieurs avaient construit les thermes de Carthage en faisant appel aux techniques les plus évoluées et les plus originales de l’époque. L’approvisionnement en bois et en charbon se faisait par la mer; l’alimentation en eau, à partir de grands réservoirs installés en haut de la colline de Borj Jedid, eux-mêmes approvisionnés par le grand aqueduc de Zaghouan, long de 132 km, construit par Adrien au IIe siècle apr. J.-C. et restauré sous le protectorat français.

La beauté des lieux l’enchantait : les voûtes, d’immenses « salles des pas perdus » précédant les piscines d’eau froide, étaient recouvertes de mosaïques d’or et de pâte de verre aux arêtes juxtaposées, et supportées par d’imposantes colonnes de granit. Un effet particulier se dégageait de l’ensemble : la lumière sur les mosaïques apportait au sujet une sorte de ravissement le transportant dans un monde irréel; il n’a pas été inventé par les chrétiens, il viendrait de l’art romain.

L’Empereur passe devant l’amphithéâtre; ce soir auront lieu d’importants jeux de gladiateurs et d’animaux sauvages. Il s’engage vers les vapeurs du caldarium, dans la grande salle aux murs revêtus de riches mosaïques de marbre. Il ne s’offusque pas de côtoyer des hommes de toutes conditions; les thermes sont ouverts à tous. Il se baigna dans les bassins, puis le tayeb (masseur) frotta son corps avec du tfal : de l’argile réduite en pâte, puis après avec des huiles (extraites de plantes); sous l’effet d’un massage vigoureux, il oublia ses préoccupations impériales.

Un moment convivial dans le frigidarium (bassin froid) en compagnie de marchands propriétaires de riches villas : les femmes avaient leurs quartiers à part, sauf celles qui affichaient des mœurs légères. Il chemina pendant quelques heures, s’arrêtant au bord d’une belle fontaine… Saha! que le bain te soit bénéfique! Il discutait volontiers avec tous, toujours curieux des besoins de ses sujets. L’Empereur préférait la discussion à la guerre…, dit-on.

Dans ce lieu où les différences n’existent plus, tout est calme et volupté : les bains, c’était finalement comme dans le temple des dieux. Les Puniques et les Romains maîtrisèrent l’eau, ils laissèrent des témoignages impressionnants de leurs génies respectifs.

Suite la semaine prochaine : Carthage aujourd’hui… Une découverte romaine, j’y étais…

Visiter : le musée du Bardo

Remerciements : Office du tourisme de la Tunisie à Montréal.

Et à : www.selimtours.comde

Une Histoire Salée

 
 

Crédit photo : Anne Antomarchi

« Celui qui voyage sans rencontrer l’autre, ne voyage pas, il se déplace »

Le sel est aujourd’hui une denrée si peu coûteuse qu’il semble farfelu qu’il soit à l’origine du mot salaire…

Pourtant, tant en Éthiopie qu’au Tibet, des tablettes de sel ont déjà servies de monnaie et, dans la Rome antique, le condiment était si luxueux qu’il servait à récompenser les soldats.

 
Ce matin-là, en quittant Tozeur, l’air était transparent et pur comme aux premiers jours du monde. Aussi loin que porte le regard, rien ne vient rompre cette extraordinaire palette aquarelle délicatement dessinée ; une surface plane s’étirait jusqu’à l’extrême pointe de notre regard… jusqu’à l’horizon.
 

Nous sommes au coeur du désert tunisien, là où se trouve un lac croûté de sel aussi vaste que le Kansas : le Chott El-Djérid. Fragile et mouvant, le lac salé est traversé par une sorte de cordon lunaire qui s’allonge, coupant en deux cette plaine s’étendant sur 250 km de large. C’est la route qui relie Tozeur à Kébili. Au creux d’une ondulation, en contact avec la chaîne de montagne Saharienne, on se trouve face à une dépression creusée par l’eau et le vent…et  creusée à nouveau par la déflation éolienne; les vents turbulents intervenant sur la surface asséchée par évaporation, balayent certains éléments comme les argiles floculées par les sels.

Une érosion commencée au quartenaire, soit il y a environ deux millions d’années avec l’aridification du climat.

La récolte du sel. Crédit photo : Anne Antomarchi

À la surface de l’étendue parfaitement plane flottent les particules de sel qu’il faut attendre toute une année avant de récolter. De minuscules dunes de sel frangées de cristaux argent ondulent sur le rivage et, par endroits, la couche salée est si dense qu’on croirait un glacier. Même en plein été, on a l’impression d’une neige fraîchement tombée. Les jours de grande chaleur, des cabanes en palmes séchées, légères, abritent les cueilleurs de sel. De part et d’autre de la route, les petits oueds sont d’interminables miroirs réfléchissants qui s’étirent sans fin dans une perspective éblouissante…. À droite de la route, il n’est point de limite entre la terre et le ciel, où seules pointent à l’horizon uniques repères, une minuscule barque, une maison immaculée. À gauche, la très forte réverbération du rayonnement solaire responsable du phénomène des mirages : il n’est pas rare, à midi, que le voyageur croit apercevoir une palmeraie toute proche ou encore une nappe d’eau claire; à contrario, certains soirs sur le chott, le sel se teinte de rose comme la neige au sommet des montagnes.

Le Chott c’est le dépaysement total. Le sol est complètement stérile. Aucune végétation ne peut y vivre, c’est un véritable désert : il n’y a rien, ni animaux, ni moustiques, ni oiseaux, ni pollen, ni poussière. Il y a le silence, le sel et le calme impressionnant. Pourtant, dans cette espèce de néant, respirer l’air saturé en sel presque sans microbes se révèle efficace contre l’asthme et les rhumatismes. Même les meilleurs spas ne peuvent offrir ça!

Savoir : Tozeur est située sur la route qui relie Gafsa en Tunisie à Touggourt en Algérie. La palmeraie de Tozeur est le site choisi en 1996 pour les tournages des films  La guerre des Étoiles, et Le Patient Anglais dans les rues de la ville, les brebis s’y promènent et rentre seules au bercail. Ses dattes, « Dèglet en’Nour» (Doigts De Lumière) sont appréciées.

La palmeraie: 1000 hectares, 400.000 arbres; Irriguée autrefois par 200 sources, elles sont remplacées en 1995 par de nombreux forages modernes… la nappe phréatique est surexploitée mais  grâce à des mesures comme la pratique du goutte à goutte, on économise entre 35 et 40% de la consommation en eau…

Au festival de Douz un évènement à ne pas manquer! Crédit photo : Anne Antomarchi.

Assister au Festival de Douz, la dernière semaine de décembre.

*Floculé. Jusqu’à ce que ça fasse des flocons.

Le sel de Chott El Djérid sert à l’adoucissement des eaux.

Hébergement : http://www.darcherait.com/

Le plus grand Lac Salé au monde: le Sallar de Uyuni en Bolivie.

Se rendre :Air France : Montréal-Paris-Tunis.

 Infos : L’office du tourisme  Tunisien Montréal : (514) 397-1182

Remerciements: www.selimtours.com