8 h lundi matin. Ma fille de 10 ans et moi décollons de Montréal (Québec), à bord d’Air Canada, direction Vancouver (Colombie-Britannique). Cinq heures trente minutes plus tard, nous atterrissons à Vancouver.
Changement d’avion, car notre destination finale sera Kamloops, notre porte d’entrée pour les célèbres montagnes de Colombie-Britannique. Oups. Faut débarquer de l’avion. Problème de moteur. Ouais, vaut mieux pas décoller dans une telle situation… On rembarque dans un autre avion.
- « Il se peut toutefois que l’avion vous ramène à Vancouver, car il y a beaucoup, beaucoup de brouillard à Kamloops », dixit l’agent à l’embarquement.
Oups. Nous avons fait tout ce chemin pour dévaler les pentes et non dévaler les rues de Vancouver… Mais bon. Voyons plus tard. Autre détail : le brouillard. Qui dit brouillard, dit températures chaudes. Mmm. Pas bon pour la neige, donc le ski.
Sous la pluie battante de Vancouver (une connaissance qui habite cette ville m’a déjà dit qu’il y pleuvait plus de 250 jours par année !), nous décollons. Quarante minutes plus tard, nous arrivons à Kamloops. Il y a du brouillard, certes, mais jamais assez pour ne pas atterrir (j’ai déjà été agente de bord dans une autre vie, pour InterCanadien, je connais un peu les seuils critiques). Résultat : tous les passagers sont hyper contents et se mettent à dire bonjour à tout le monde (c’est toujours quand les gens échappent à une catastrophe – enfin ce qu’ils jugent être une catastrophe – qu’ils se mettent à dire bonjour aux autres, vous ne trouvez pas ?). Tout le monde est content donc. Mmm. Était-ce une tactique du transporteur pour nous faire oublier nos deux heures de retard et notre changement d’avion à cause du problème de moteur ? Qui sait…
Nous débarquons. Dans le minuscule aéroport de Kamloops, nous récupérons nos bagages et apercevons un type brandissant nos noms sur une feuille 8 ½ x 11.
- “Hello, we are Isabelle and Taïna”.
- “Welcome. We wait for two more passengers”.
Je me tourne vers ma fille: “C’est le type de la navette. Nous embarquerons avec lui pour nous rendre là où nous ferons du ski… ».
- « Ah ! Vous parlez français ! », dit le type de la navette dans un français bien de chez nous.
- « Ouais ».
- « Vous venez d’où ? »
- « Du Québec. »
- « Ah ! Je suis né à Joliette. »
- « Ben ça alors ! C’est à vingt minutes de notre village ! »
Nous embarquons dans la navette, traversons la ville sans charme de Kamloops, puis amorçons des montées vers les montagnes. Le parcours (42,50 $/adulte par trajet, 24 $/enfant de 6 à 12 ans, gratuit pour les 5 ans et moins) durera environ une heure. En route, Rocky (c’est le nom du type de la navette né à Joliette) nous raconte qu’il a grandi à Sherbrooke (au Québec) et qu’il a pris le train de Montréal vers Kamloops en 1978 pour aller travailler trois mois dans un ranch.
- « J’ai pas aimé ça. Je suis donc retourné au Québec, mais je suis revenu dans l’Ouest en 93 pour m’y installer pour de bon. »
- « Ah bon ! Et les gens sont comment ici ? »
- « Je ne suis pas venu ici pour les gens mais pour les montagnes, les chevreuils et les lacs. Je pêche l’été. Tenez, il y a un chevreuil ici à gauche, sous l’arbre ! Y’a trop de chevreuils ici. Il y en a plein qui se font tuer sur les routes. Les gens conduisent trop vite. Et les prix des maisons sont très élevés. J’ai acheté une vieille maison dans le coin », nous raconte Rocky.
Nos échanges nous amènent au village de Sun Peaks en un rien de temps. C’est ici que nous ferons du ski, au Sun Peaks Resort. Pourquoi nous avons choisi Sun Peaks ? D’abord, la Colombie-Britannique, avec l’Alberta (et les Rocheuses), est le paradis canadien du ski. Ici : possibilité de skier à près de 7 000 pieds d’altitude, donc de rencontrer la poudreuse, les nuages et les vues à vous couper le souffle. Puis, de tous les domaines skiables de Colombie-Britannique, c’est celui-ci qu’on m’a suggéré pour faire du ski avec une enfant.
Rocky nous offre un rapide tour guidé du village, puis nous dépose à notre hôtel, le Delta. Cet hôtel a le nez collé sur les pentes de ski et compte des suites familiales (chambre avec lits simples pour les enfants, cuisine tout équipée, laveuse-sécheuse, deux salles de bain).

- « Mais faut faire vos courses à Kamloops, pas ici à la petite épicerie du village. Trop cher et peu de choix », nous a prévenues Rocky.
Une location d’une voiture s’avérerait donc nécessaire pour une famille qui prévoit cuisiner. Budget et Enterprise se trouvent à Kamloops. La location est à partir de 40 $/jour avec Enterprise. Pour une famille de deux adultes/deux enfants : 266 $ en navette versus 185 $ pour 5 jours de location de voiture. Faites votre choix.
Mardi matin. C’est l’heure du ski ! Ma fille Taïna ne touche plus à terre :
- « Maman, j’ai tellement hâte de la rencontrer ! »
- « Je vois ça ! Mais comment ça se fait que tu es autant excitée à l’idée de la rencontrer ? »
- « Maman, tu ne te rends pas compte !!! Imagine quand je dirai à mes copines que j’ai skié avec ELLE ! Ouuuaaoouuhh ! »
Nous allons chercher notre équipement au centre de location Jardines, puis nous nous dirigeons vers notre lieu de rencontre (pour rencontrer « ELLE »), au pied des pentes (forfaits famille et multi-jours offerts pour les billets).
Nous avons rendez-vous avec Nancy Green, LE personnage à connaître à Sun Peaks. Courte bio : est pratiquement née sur une pente de ski, remporte la première édition de la Coupe du monde de ski en 1967, gagne une deuxième Coupe du monde Et la médaille d’or en géant Et la médaille d’argent en slalom aux Jeux olympiques à Grenoble en 1968, est élue athlète féminine du XXe siècle au Canada, nommée au Sénat canadien en janvier 2009, où elle est une porte-parole pour la promotion du tourisme.
- « Hello Miss Green ! We are Isabelle and Taïna… »
- « Bonjour! Alors, d’où venez-vous? »
- « Ah ! (elle parle français), nous venons du Québec et… »
- « Bien. Alors neige dure, souvent glacée chez vous. On va revoir la technique pour la poudreuse, là-haut. Allez hop ! On y va. »
Ben ça alors ! Pif Pouf Paf ! Pas très grande, enjouée, décidée, souriante, invitante ! Nancy se penche vers ma fille Taïna et entame la conversation, tout en se dirigeant vers le télésiège. Nous faisons connaissance un peu plus avec « ELLE » : réside à Sun Peaks depuis 17 ans, épouse d’Al Raine (maire de Sun Peaks, longue feuille de route, également une sommité dans le domaine du ski), y a construit l’hôtel Cahilty Lodge (suites familiales offertes. Nancy l’a vendu toutefois il y a deux ans, mais y réside toujours; ses médailles, Coupes du monde, trophées, photos et la Flamme olympique canadienne édition 2010 trônent dans le hall).

Skier avec Nancy Green est possible pour tout le monde. Lorsqu’elle est ici, sa présence est annoncée, des lieux de rencontre sont parfois désignés, et quiconque peut donc dévaler quelques pentes en sa compagnie.
- « Taïna, quand tu fais un virage, tu presses sur la plante de tes pieds et non les talons… Quand maman te prend en photo, tu fermes les yeux, tu tournes ton visage vers le soleil, ta maman compte 1-2-3 puis à go, tu tournes ton visage vers la caméra, tu ouvres tes yeux et ainsi, tu ne crispes pas les paupières… Si tu as les doigts froids, tu tends les bras, pointes tes mains et tu hausses et baisses les épaules comme ceci… Non Isabelle, colle tes jambes pour la photo, sinon la pose ne fait pas professionnel… »
Ben ça alors ! Nancy Green est un parchemin infini de conseils et trucs de toutes sortes ! Technique, astuce, esthétisme. Un tout compris du ski ! Ma fille s’abreuve de sa générosité et les voilà toutes les deux qui s’élancent dans la poudreuse. En altitude, le paysage environnant est à couper le souffle. Le soleil est au rendez-vous, il fait 2 degrés (il fait chaud, mais les pentes et la neige sont top !), tout le monde est de bonne humeur.

Toute la matinée sera rythmée de montées et descentes, d’anecdotes et de rires.
- « Maman et Nancy, regardez les arbres ! »
- « On les appelle les Snow Ghosts (arbres fantômes) », dixit Nancy.
- « Ouaouh ! On dirait des arbres guimauves !! », dixit Taïna.
Skier dans la poudreuse et sur de longues pistes (la « 5 miles » s’étire sur 8 km !) met à l’épreuve les muscles, ceux qu’on connaissait et ceux dont on ignorait totalement l’existence ! Au menu : balades au-dessus et dans les nuages, poudreuse, boulevards de neige, passages secrets, arbres géants et odorants (les célèbres conifères de Colombie-Britannique). Le rêve !
Les heures défilent… mais le rythme est maintenu. Pendant que, secrètement, je cherche les endroits où m’effondrer pour me reposer, je perds constamment de vue ma fille et Nancy. Elles vont à gauche, ici dans le sous-bois, à droite, là-bas un autre sous-bois, un saut, deux bosses, etc. De temps à autre, j’aperçois un bout de tête de l’une, un bâton de l’autre, des bras en l’air entre les branches… Et des yaouh !, des youah ! et des oupdidou ! C’EST PAS DES CUISSES QU’ELLES ONT CES DEUX-LÀ, CE SONT DES MACHINES !
Je suis vidée, mais totalement ravie. Le ski est parfait (certaines pistes sont parsemées de bouquets de conifères géants, à travers lesquels on peut littéralement jouer à cache-cache ; voyez ma vidéo ici) et ma fille s’éclate de bonheur. Même par moment nuageux, c’est le paradis…

Les deux jours qui suivront seront aussi sous le signe du ski avec des pauses toutefois, en après-midi, histoire d’essayer d’autres activités. Sun Peaks dispose d’un Tube Park pour les glissades sur tube (15 $ pour 2 heures, 12 $ pour les 6 à 12 ans), et l’Adventure Centre du coin propose notamment des randonnées nocturnes en carriole tirée par deux chevaux (30 minutes, 25 $/adulte, 20 $/enfant de 4 à 13 ans) directement dans le village. Le hit sera toutefois la randonnée en motoneige (152 $/conducteur pour deux heures, 62 $/passager). Deux heures de magnifique délire : vitesse appréciable (tout le groupe avait de l’expérience, alors tout le monde s’est éclaté !), collines, plaines, forêts, poudreuse, pistes, hors piste…

Le soir venu, nous étions affamées. Skier donne l’appétit !
Un de ces soirs : « Maman, j’ai une envie de steak ! »
Ah bon ! Direction le Steakhouse du village alors. Ma fille a tout mangé son 10 onces! (68 $ pour deux New York et une bouteille d’eau pétillante). Ce soir-là, nous avons terminé la soirée dans le bain chaud extérieur de notre hôtel Delta…
Autres suggestions resto au Village de Sun Peaks :
- les brioches fraîches (5 $) au Sunburst Lodge, situé à 1 850 mètres d’altitude, directement sur les pentes
- les crêpes du Tod Mountain Coffee House & Crêperie (20 $ pour deux crêpes avec fraises et crème, un café et un jus d’orange)
- les pizzas du Mountain High Pizza (une large végé et deux breuvages en bouteille : 24 $)
- les friandises jusqu’au plafond de la Rocky Mountain Chocolate Factory (éventail impressionnant de pommes enrobées sucrées!)
- le café (2,75 $) du Mantles, au Delta.

La semaine prochaine, je vous raconte notre voyage de retour en avion, sur les ailes d’Air Canada.

Isabelle Chagnon est journaliste et photographe en voyage. Taïna, sa fille, n’a que quatre mois quand elle part avec elle pour la première fois. Depuis, Isabelle fait des voyages avec les enfants une de ses spécialités. Elle a cosigné le guide Ulysse Voyager avec des enfants.



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