La semaine dernière je lisais un article dans un journal d’Halifax (désolée je n’ai plus le nom, je l’ai foutu en l’air, vous allez comprendre pourquoi). À la une, une journaliste se scandalisait du fait que de nos jours, nos enfants ne savent pas comment lacer leurs lacets et n’ont jamais pris l’autobus seuls avant d’être au CEGEP. Puis voilà que la journaliste met sa propre fille en exemple, une ado, et se voit sans dessous dessus d’observer que sa fille ne sait pas du tout cuisiner et qu’à l’épicerie, quand vient le temps de choisir une boîte de conserve, celle-ci rejette celles dont le couvercle ne s’ouvre pas d’un coup sec comme une cannette de Pepsi.
Je ne prétendrai pas que ma fille cuisine des profiteroles en un tour de main mais soyez certains que si ma fille ne sait pas comment se faire griller une tranche de pain, je sais exactement qui je dois blâmer. Et ce n’est surtout pas elle…
Ceci dit, en repensant à cette anecdote, ce matin, je me suis souvenue d’une autre.
Avril 2010. Mon amoureux, ma fille et moi nous nous envolons pour la Virginie (voici mes deux billets découlant de ce voyage).
Un autre papa journaliste était du voyage et accompagné de son fils de 8 ans. Le premier soir, au restaurant, nous faisons tous connaissance. Je demande au papa d’où il vient, ce qu’il fait, et tout et tout. Fier comme un paon, le voilà qui me défile un curriculum vitae du tonnerre : j’ai voyagé là-bas, je suis allé ici, j’ai parcouru ceci et j’ai pas mal défriché par là. Woouuaaaooouuuhhhh ! Ca fait 15 ans que je suis journaliste en voyage et ce type, à l’écouter parler, semble battre mon record en à peine quoi, trois, quatre, cinq ans ? Je suis impressionnée…
Puis je m’adresse à son fils, un petit bonhomme de toute évidence très timide qui baisse la tête chaque fois qu’on le regarde.
- « Et toi petit homme, dis-moi, est-ce que c’est la première fois que tu viens en Virginie ? »
- « Oui. »
- « Comment tu trouves ça jusqu’à maintenant ? »
- « Ché pas. »
- « Est-ce que tu voyages souvent avec ton papa ? »
- « Non. »
- « De temps en temps alors ? »
- « Non. »
- « Eh… bon, raconte-moi où tu es allé la dernière fois avec ton papa. »
- « … »
Un peu perplexe, je regarde le papa, puis le fils, puis le papa. Je ne veux pas m’acharner sur fiston alors j’arrête mes questions. Toujours fier comme un paon, le papa réagi du genre je- vais-prendre-en-main-la-situation.
- « Il n’a jamais voyagé. C’est son premier voyage. C’est la première fois qu’il sort de sa ville. »
Je tombe à la renverse ! Alors là bravo ! Le grand se pète les bretelles d’avoir beaucoup voyagé et il n’a jamais été foutu avant d’en faire profiter son fils.
Résultat des courses, durant les quatre jours du séjour, le grand a engueulé le p’tit de se dégourdir un peu plus (fiston ne savait pas comment faire des tas de trucs MAIS C’EST PARCE QU’IL N’A JAMAIS SORTI DE SA VILLE !!) et le grand a forcé le p’tit a sortir de sa bulle et cesser sa timidité. On a assisté à un choc familial : deux êtres liés par le sang qui ne se connaissent pas et qui ont vécu très peu d’aventures ensemble et le grand qui voudrait que le p’tit soit tout de suite comme le grand alors que le p’tit n’a jamais fait partie du monde de son grand. Vous suivez ?
Bravo ! Vous avez tout mon respect monsieur…



Isabelle Chagnon est journaliste et photographe en voyage. Taïna, sa fille, n’a que quatre mois quand elle part avec elle pour la première fois. Depuis, Isabelle fait des voyages avec les enfants une de ses spécialités. Elle a cosigné le guide Ulysse Voyager avec des enfants.


