Dans mon billet de la semaine dernière, je vous emmenais au Festival Celtique de Québec où j’ai « perdu » ma fille pendant deux jours ; à gauche elle dansait avec les Bretons, à droite elle admirait un spectacle de gigue irlandaise, etc., etc,. etc.
Pour se rendre à Québec, nous avions pris le train de Montréal, histoire de mettre ma fille en situation ; je voulais savoir si un voyage avec Via Rail pouvait être intéressant et convenable pour une enfant de 10 ans. Ma fille et moi avions fait le même voyage lorsqu’elle avait 2 ans. Je la revois il y a huit ans, debout sur son siège, le nez collé à la fenêtre, admirant le fleuve Saint-Laurent, les ponts de Montréal et Québec et les chevreuils des campagnes…
Pour tirer le meilleur de notre expérience de la semaine dernière, nous avons voyagé en Classe Affaires pour l’aller et en Classe Économique pour le retour.

Si on compare le train à l’avion et l’autocar, l’autocar est le moins cher, l’avion peut être parfois abordable grâce à la concurrence féroce, le train se situe parfois entre les deux (Via Rail offre des tarifs réduits aux enfants ; la classe économique est à 50 % pour les 2 à 11 ans). Mais je veux ici attirer votre attention sur le voyage lui-même. Le train est à des années lumières des deux autres, en mieux, et pour plusieurs raisons. D’abord, le papa, ma fille et moi étions tenus d’arriver au moins… 20 minutes avant l’embarquement (n’essayez même pas de penser faire ça si vous prenez l’avion !) et pas de fouilles suspicieuses du corps et des bagages. Conséquence directe : tous les passagers sont hyper relaxes et l’ambiance est plus détendue. Assez chouette pour les enfants…
L’espace dans l’allée et entre les rangées n’est pas un facteur négligeable non plus. En Classe Affaires, ma fille de 10 ans rejoignait le dossier du siège devant elle avec ses pieds qu’en faisant un effort d’étirement très gracieux des jambes. Puis au service du repas (compris dans le prix du billet en Classe Affaires ; au choix ce jour-là : ravioli aux épinards sauce alfredo, filet de porc nappé d’une demi-glace à la moutarde ou sole farcie d’une mousse aux pétoncles et au crabe ; mousse aux bleuets et à l’érable pour dessert), l’agent de bord s’est mise à valser de la rangée 10 à la rangée 7 et de la 12 à 6 avec une aisance de mouvement qui ferait rougir les cabines d’avion. On aurait dit Sissi en pleine répétition du bal du samedi soir !
Ma fille avait installé son quartier général à son siège : livre, iPod, tablette et breuvage.
- « Madame, est-ce que le sac brun dans la pochette c’est pour vomir ? »
J’éclate de rire quand je vois la taille du sac : trois fois celle du sac que l’on retrouve dans les avions…
- « Non, c’est pour vos déchets mademoiselle… » lui a répondu la préposée aux billets.
Une fois que celle-ci fut partie, ma fille m’a dit :
- « La madame a pas fait tchik-tchik-tchik sur mon billet avec un poinçon ! »
Ma fille se souvenait de ce fameux passage dans le film Boréal Express, où Tom Hanks, en préposé caricaturé des billets (c’est un film d’animation), dessinait des mots sur chaque billet des enfants avec son poinçon.
- « Madame, est-ce qu’ils mettent des grains dans le train ? »
J’expliquai maintenant à la préposée aux breuvages le passage du même film où le cheminot enfile le charbon dans l’âtre à grands coups de pelle.
- « Non ! (sourire) C’est électrique aux gares mais au fuel lorsqu’on est en route. C’est plus écologique ! »
Comme durant tout voyage peu importe le mode de déplacement, ma fille a ensuite procédé à ses fouilles archéologiques habituelles de son habitacle. Elle a trouvé les toilettes (deux fois et demie plus grande que celles des avions et autocars), l’accès à ses bagages et a déniché les prises électriques sous nos sièges. On a donc sorti l’ordinateur pour se brancher en moins de deux sur le réseau Internet sans fil de Via Rail…
Le voyage s’est ensuite déroulé à contempler le paysage. Si en avion on ne voit que les nuages (c’est pas rien, certes, mais redondant à la longue, tout de même), en train, on a droit à une véritable tournée en coulisses du paysage : on traverse les champs de blé d’inde, on embrasse des villages, on surprend une enjambée d’un chevreuil… et aussi, on croise par endroit des cours arrières totalement bordéliques ! On se rince l’œil et on fait d’autres découvertes :
- « Maman, je viens de voir un héron !! »

Notre voyage de retour en Classe Économique a connu un rythme semblable, repas multiples services en moins (cantine offerte $). Les toilettes y étaient toutefois tout aussi spacieuses, les prises électriques tout aussi pratiques, les rangées et l’allée tout aussi généreuses. Tom Hanks n’était pas là non plus, mais je crois que nous avons revu le même héron…
La durée du trajet Montréal-Québec compte environ trois heures, comparable à l’autocar. C’est certes davantage que le temps de vol d’un avion, mais si on ajoute le temps d’attente avant le décollage, celui dont il faut respecter entre l’enregistrement et l’embarquement et celui qu’il faut pour atterrir, débarquer, récupérer ses bagages ET se rendre au centre-ville de sa destination (les gares sont dans les centres-villes, les aéroports non), alors là c’est plus que comparable.
Vous l’avez deviné ; le train réussit assez bien avec nous…
Bonne semaine !
Isabelle