Un jeune Français installé depuis peu à Montréal m’expliquait qu’il apprécie beaucoup, au Québec, la qualité de vie. « Tu vois, par exemple, disait-il en adoptant le tutoiement québécois, l’hiver je vais travailler à pied, et l’été je suis à vélo… On est directement en lien avec les saisons, ça change tout. » Le rapport des Québécois avec la nature l’a tout de suite frappé. Un peu comme en Scandinavie (il a étudié en Norvège l’an dernier) : été comme hiver, tout le monde est dehors à la moindre occasion. Au chalet, en canot-camping, en voyage de pêche. « Dès qu’on s’éloigne un peu c’est sauvage, ce n’est pas la forêt bien sage et bien ratissée. Il y a des castors et des ours noirs, tu te rends compte? »
Oui, je m’en rendais compte d’autant plus que, lors d’une semaine de camping au parc Forillon, en Gaspésie, il y avait près des tentes un bosquet de trembles, dont l’un portait d’étranges marques sur le tronc, comme des signes chamaniques adressés aux esprits (me semblait-il). Finalement, un matin, j’ai compris que les marques en question, qui formaient sur l’écorce des cicatrices obliques, n’étaient pas vraiment à hauteur d’homme. Mais plutôt à hauteur d’ours.
C’était un véritable séjour « en plein air », où l’air marin circulait librement sous la tente jour et nuit, et où le soleil à peine levé venait nous rendre visite, à quatre heures et demie. On prenait le café sur la plage, puis on partait faire une excursion en kayak dans la baie de Gaspé. Bonjour, petits rorquals…Voilà, vous diront les Québécois de ma connaissance : ça c’est la vraie vie!
J’avais déniché l’endroit en feuilletant, à la librairie, le Guide du camping au Québec. L’expérience m’a donné envie d’en essayer d’autres (et de retourner en Gaspésie, malgré les 14 heures de trajet, chapeautés par un chef de train qui veillait sur notre sommeil avec une affection bourrue). Côté kayak de mer, le Québec ne manque pas de possibilités pour apprécier autrement les beautés du pays… Personnellement, j’ai fait mon initiation sur le Saguenay, à L’Anse-Saint-Jean. Je vous recommande la sortie au coucher du soleil, quand l’air est calme et l’eau toute lisse. Si vous restez silencieux, vous aurez peut-être la chance, vous aussi, d’entendre et de voir, dans votre sillage discret, un béluga.
(Pour d’autres suggestions d’activités de plein air au Québec, faites-vous plaisir ici !)

Emmanuelle Bouet est arrivée au Québec il y a quelques années. Elle s’y est tout de suite épanouie. Quand elle ne conseille pas des guides aux voyageurs, elle est le plus souvent en balade, un carnet sous le bras, à Montréal ou ailleurs.