Archive mensuelle de mai 2009

Ma cabane au Québec

Un jeune Français installé depuis peu à Montréal m’expliquait qu’il apprécie beaucoup, au Québec, la qualité de vie. « Tu vois, par exemple, disait-il en adoptant le tutoiement québécois, l’hiver je vais travailler à pied, et l’été je suis à vélo… On est directement en lien avec les saisons, ça change tout. » Le rapport des Québécois avec la nature l’a tout de suite frappé. Un peu comme en Scandinavie (il a étudié en Norvège l’an dernier) : été comme hiver, tout le monde est dehors à la moindre occasion. Au chalet, en canot-camping, en voyage de pêche. « Dès qu’on s’éloigne un peu c’est sauvage, ce n’est pas la forêt bien sage et bien ratissée. Il y a des castors et des ours noirs, tu te rends compte? »

Oui, je m’en rendais compte d’autant plus que, lors d’une semaine de camping au parc Forillon, en Gaspésie, il y avait près des tentes un bosquet de trembles, dont l’un portait d’étranges marques sur le tronc, comme des signes chamaniques adressés aux esprits (me semblait-il). Finalement, un matin, j’ai compris que les marques en question, qui formaient sur l’écorce des cicatrices obliques, n’étaient pas vraiment à hauteur d’homme. Mais plutôt à hauteur d’ours.

C’était un véritable séjour « en plein air », où l’air marin circulait librement sous la tente jour et nuit, et où le soleil à peine levé venait nous rendre visite, à quatre heures et demie. On prenait le café sur la plage, puis on partait faire une excursion en kayak dans la baie de Gaspé. Bonjour, petits rorquals…Voilà, vous diront les Québécois de ma connaissance : ça c’est la vraie vie!

J’avais déniché l’endroit en feuilletant, à la librairie, le Guide du camping au Québec. L’expérience m’a donné envie d’en essayer d’autres (et de retourner en Gaspésie, malgré les 14 heures de trajet, chapeautés par un chef de train qui veillait sur notre sommeil avec une affection bourrue). Côté kayak de mer, le Québec ne manque pas de possibilités pour apprécier autrement les beautés du pays… Personnellement, j’ai fait mon initiation sur le Saguenay, à L’Anse-Saint-Jean. Je vous recommande la sortie au coucher du soleil, quand l’air est calme et l’eau toute lisse. Si vous restez silencieux, vous aurez peut-être la chance, vous aussi, d’entendre et de voir, dans votre sillage discret, un béluga.

(Pour d’autres suggestions d’activités de plein air au Québec, faites-vous plaisir ici !)




Partir longtemps

Je ne sais pas si vous êtes dans mon cas, mais quand l’été approche, et surtout quand le vent redevient doux, ça me donne envie de mettre des projets en route, de vrais beaux projets qui changent la vie, pas simplement repeindre le balcon, même s’il en a bien besoin.

C’est souvent à cette époque que je pense à des voyages qui durent longtemps, qui s’improvisent sur place, qui font plein de détours, et dont on revient différent. Alors, au retour, on se dit : pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt? C’est seulement à partir de là qu’on sait vraiment prendre la vie quotidienne de la bonne façon : comme en voyage.

Le premier pas

Évidemment, il faut trouver une façon de s’absenter quelques semaines de plus que prévu, ou quelques mois. Et rassembler quelques sous. Mais l’important est de prendre sa décision, de se préparer mentalement et concrètement à ce que son projet se réalise, et c’est là que des solutions se présentent. Il y en a d’ailleurs plein auxquelles on n’aurait pas pensé, mais que des voyageurs au long cours ont déjà testées. On s’aperçoit par exemple qu’on peut sous-louer son appartement. Ou même l’échanger avec quelqu’un qui voudrait venir ici… Lio Kiefer et Isabelle Chagnon ont eu la bonne idée d’aborder ces questions pratiques dans un livre visiblement conçu tout exprès pour les rêveurs du même genre, c’est le Guide des longs séjours (au pluriel, car il y a toutes sortes de possibilités).

Savoir s’adapter

« Longs séjours » parce que justement, comme on a le temps, tout l’intérêt est de pouvoir s’attarder quelque part. Avoir ses habitudes dans le quartier, faire son marché le samedi matin, dire bonjour à la dame qui vend des fleurs et qui reconnaît les clients : autrement dit, participer à cette vie différente où l’on est plongé. Et l’on en profite vraiment mieux si l’on s’est d’abord imprégné de ce mode de vie et de sa culture, à travers des romans ou des films, qui resteront plus tard un lien privilégié avec ses propres souvenirs. Mais selon les pays, on trouve aussi des livres concrets sur l’adaptation culturelle, comme ceux de la collection « Comprendre » chez Ulysse.

Au besoin, il en existe d’autres qui correspondent à diverses approches.

Bien utile pour déchiffrer tout ce qui semble évident quand on a grandi quelque part et que personne ne pense à expliquer, source de déceptions ou de malentendus parfois difficiles à gérer…

Voyager autrement

Durant cette période d’adaptation et d’ivresse, on se sent libre et audacieux, et puis, tôt ou tard, arrive généralement un moment où rien ne se passe comme on l’avait prévu. Tout va de travers, on se sent perdu, on se demande ce qu’on fait là. C’est normal. Nicolas Bouvier l’avait remarqué : « La vertu d’un voyage, c’est de purger la vie avant de la garnir. » Il faut sans doute passer par des moments creux ou démunis comme ça, pour qu’ensuite les événements les plus simples, l’humanité tranquille des gens, touchent et réconfortent… Et là, on est vraiment en voyage.

Ça se prolonge au retour, vous verrez. Pas tout le temps, et peut-être pas aussi bien, alors quelque temps plus tard, on repart…