Archive mensuelle de mars 2010

Venise

Filant vers le nord-ouest, la ligne mouvante et enrouée des outardes est particulièrement émouvante dans un ciel citadin. Comme les oiseaux migrateurs, nous avons gardé une mémoire saisonnière, liée à la qualité de la lumière, à la longueur des jours, à la douceur du vent…

Nos voyages s’inscrivent également dans cette mémoire instinctive, et l’on peut se retrouver instantanément plongé dans un lieu qui n’a ni le même climat ni la même latitude que celui où nous sommes physiquement, par une mystérieuse alchimie de sensations. Ainsi, à la fin du mois de mars, Venise flotte autour de mes pensées, car c’est à cette époque que j’y ai séjourné, même si là-bas les arbres étaient déjà vêtus de vert tendre, et que le vent légèrement salé se faisait tiède sur la peau.

En quelques jours et beaucoup de déambulations rêveuses, Venise m’a donné l’impression que j’étais là depuis longtemps… C’est une ville hors du temps, dont le rythme de vie insulaire s’associe avec bonheur à une indépendance d’esprit qui préserve son unité à travers les époques. À Venise, l’architecture n’est pas un élément du décor, c’est l’essence même du lieu : elle est vivante et envoûtante. L’Occident et l’Orient s’y sont mêlés harmonieusement en un style qui lui est propre.

Venise la Sérénissime se visite mieux hors saison. Mais surtout, laissez-vous dériver doucement dans les différents quartiers, arrêtez-vous souvent, sans consulter votre montre : sur les places biscornues, le long du Grand Canal, sur la Giudecca. Sans oublier la lagune, qui silencieusement vous fait signe…




Liberté à vélo

Et voilà : j’ai décidé que c’était le printemps et j’ai ramené à la maison mon vaillant Raleigh bleu! Son hibernation dans le garage d’un ami l’avait un peu engourdi, mais je crois que lui aussi, il avait hâte de rouler à nouveau…

À nous la liberté! Vive les détours improvisés en revenant du travail, les côtes qui s’élancent vers le mont Royal et jusque dans ses chemins secrets, les rues tranquilles qu’on parcourt à petite vitesse en savourant les toits bigarrés du Plateau et du Mile-End, la danse des fils électriques et les échappées visuelles vers les ruelles!

 Et très bientôt, promis, je le brosse sous ses câbles et ses moyeux, et nous partons sur les pistes cyclables, qui doivent être en train de se refaire une beauté… On pourrait commencer par quelques balades le long du Saint-Laurent, et puis de l’autre côté, vers Chambly et Saint-Jean-sur-Richelieu (merveilleuse piste qui se glisse entre le canal et la rivière!), voire jusqu’aux États-Unis, si le cœur nous en dit.

Tout est possible, maintenant que les jours s’allongent et que l’air est doux…




Haïti, source d’inspiration

Avant d’être un pays en reconstruction, Haïti est une terre fascinante et insaisissable, puissante source d’inspiration pour ses peintres et ses musiciens, ses écrivains et ses poètes. Et si la littérature francophone reste vivante, bruissante, allumée d’étincelles, c’est notamment grâce à son métissage avec l’esprit des langues créoles, en Haïti comme à la Réunion ou aux Antilles (je pense par exemple à des auteurs comme Émile Ollivier, Raphaël Confiant et Gisèle Pineau).

C’est ce que nous révèle la généreuse sélection d’auteurs haïtiens disponible en ce moment au Marché du Livre (incluant des essais et des livres pour enfants). Parmi les romans proposés, j’ai découvert à cette occasion un livre magnifique : Gouverneurs de la rosée, de Jacques Roumain. Écrit dans une prose poétique qui émerveille et touche juste à chaque page, son récit pourrait être la voix d’Haïti elle-même, mais sa portée est universelle.

La rosée, source de vie, ne peut pas être gouvernée : il faut la comprendre et la respecter, comme une femme, comme l’âme d’un peuple ou la terre qui nous nourrit. Or, dans ce domaine, nous avons encore bien des choses à apprendre… et à partager.

(Pour chaque titre acheté dans le cadre de cette sélection, 7$ seront versés au CECI au profit de la reconstruction d’Haïti.)