Filant vers le nord-ouest, la ligne mouvante et enrouée des outardes est particulièrement émouvante dans un ciel citadin. Comme les oiseaux migrateurs, nous avons gardé une mémoire saisonnière, liée à la qualité de la lumière, à la longueur des jours, à la douceur du vent…
Nos voyages s’inscrivent également dans cette mémoire instinctive, et l’on peut se retrouver instantanément plongé dans un lieu qui n’a ni le même climat ni la même latitude que celui où nous sommes physiquement, par une mystérieuse alchimie de sensations. Ainsi, à la fin du mois de mars, Venise flotte autour de mes pensées, car c’est à cette époque que j’y ai séjourné, même si là-bas les arbres étaient déjà vêtus de vert tendre, et que le vent légèrement salé se faisait tiède sur la peau.
En quelques jours et beaucoup de déambulations rêveuses, Venise m’a donné l’impression que j’étais là depuis longtemps… C’est une ville hors du temps, dont le rythme de vie insulaire s’associe avec bonheur à une indépendance d’esprit qui préserve son unité à travers les époques. À Venise, l’architecture n’est pas un élément du décor, c’est l’essence même du lieu : elle est vivante et envoûtante. L’Occident et l’Orient s’y sont mêlés harmonieusement en un style qui lui est propre.
Venise la Sérénissime se visite mieux hors saison. Mais surtout, laissez-vous dériver doucement dans les différents quartiers, arrêtez-vous souvent, sans consulter votre montre : sur les places biscornues, le long du Grand Canal, sur la Giudecca. Sans oublier la lagune, qui silencieusement vous fait signe…

Emmanuelle Bouet est arrivée au Québec il y a quelques années. Elle s’y est tout de suite épanouie. Quand elle ne conseille pas des guides aux voyageurs, elle est le plus souvent en balade, un carnet sous le bras, à Montréal ou ailleurs.
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