Manger, prier et aimer au Japon (la suite)

Pas besoin de passer par trois pays comme l’a fait l’auteure de Eat, Pray, Love – Elizabeth Gray – pour manger, prier et aimer. On peut tout faire ça en une seule escale, et j’en suis la preuve vivante. Voyez par vous-même en (re)lisant mon billet du mois de décembre – dans lequel je me concentrais gloutonnement sur le verbe « manger » – et celui-ci!

Prier : la persévérance selon Bouddha
Pas trop compliqué de se trouver une place pour prier au Japon : les temples et les sanctuaires pullulent. Il y en a 2000(!) à Kyoto, dont plusieurs sont regroupés autour du sympathique Chemin de la philosophie, dans l’est de la ville.
À Tokyo, au cœur d’Asakusa, il y a le temple Senso-Ji, l’un des sites les plus visités de la ville. Des millions de touristes le visitent chaque année – dont moi en 2011 –, mais beaucoup de Japonais s’y rendent également.

C’est vrai que le temple et la pagode sont jolis. Mais ce que j’ai le plus aimé, ce sont les omikuji! Enfin, pas du premier coup… Je vous explique.
Les omikuji, ce sont des divinations écrites (un peu comme un horoscope ou une phrase de biscuit chinois) qu’on pige au hasard. Il y a plusieurs petits « centres à omikuji » autour du temple. Il faut d’abord faire une offrande, comme pour les lampions de nos églises. Ensuite, on fait un vœu en brassant une petite boîte remplie de bâtonnets. On en tire un, puis on ouvre le petit tiroir associé au numéro qui y est inscrit (voir la photo ci-dessous). Notre « très bonne », « bonne », « pas très bonne », « pas très mauvaise », « mauvaise » ou « très mauvaise » fortune et la réponse à notre vœu y sont inscrites.
Tout excitée, je me suis empressée de lire ma première fortune! Très mauvaise. Le choc. Bouddha, pourquoi tu ne m’aimes pas?
Puis je me suis ressaisie et j’ai attaché les prédictions pas cool aux supports à papier prévus à cet effet (voir photo). Après tout, Bouddha m’avait écrit d’être persévérante et de ne pas me décourager. Aussi bien l’écouter.

© Karine Charbonneau

On voit ici les petits tiroirs dans lesquels se trouvent les fortunes ainsi que les «supports» à (mauvaises) fortunes.

C’est donc le cœur rempli d’espoir que j’ai refait l’exercice après m’être purifié les mains à l’encens et rincé la bouche à l’eau sacrée. « Pas très mauvaise fortune ». J’avoue m’être un peu laissé abattre. Pourquoi, Bouddha? Pourrrrrrrquoi?
J’ai fait le tour du site, puis juste avant de quitter, j’ai croisé un autre carrefour de la fortune. Allez, une dernière fois! Pour la chance. Enfin. Brassage de bâtonnets, vœu, pige et… Ouiiiiiii! « Très bonne fortune »! Sacré Bouddha. Il aura réussi à me faire comprendre l’importance de la patience… et de la persévérance.
Je n’ai donc pas eu besoin de noyer ma peine dans le shopping, en magasinant dans les nombreux kiosques de souvenirs qui entourent le temple ;-).

© Karine Charbonneau

Prier : « Ah, si mon moine voulait danser! »
Mais je n’ai compris ce que signifiait « Très bonne fortune » qu’une fois arrivée chez les moines de Koya San où je déposais mes sacs pour deux nuits. Passer deux journées entières entourée de si charmants mâles ultra-serviables, qui cuisinent comme des dieux, ça c’est de la chance!
Le tarif par nuit pour dormir chez ces beaux moines est quand même assez élevé (350$ par nuit, dans mon cas), mais ça vaut le coup. Pour la beauté du paysage, l’air frais de la montagne, les onsens bouillants et les divins repas végétariens inclus dans le forfait. Et pour les moines. Tellement mignons qu’ils ont réussi à me faire oublier que manger du riz et des champignons à 7h du matin, c’est… inhabituel ;-).

© Karine Charbonneau

En haut à gauche, le tatami où j’ai mangé et dormi; à côté, le jardin des moines. En bas à gauche, un exemple de petit plat (il y en avait environ une dizaine comme ça par repas).

Aimer… sans limites!
Le Japon nous apprend à aimer… les dualités! S’y côtoient conformisme et excentricité, simplicité et exubérance.
Le conformisme, on le sent partout. Jamais un Japonais ne traverse sur une lumière rouge. Dans les transports, le silence règne. De petites affichettes « pas de cellulaire » semblent suffire pour convaincre tous les voyageurs de fermer leur sonnerie. Il est interdit de fumer dans la rue et il ne passerait jamais à l’esprit d’un fumeur japonais de s’allumer une clope ailleurs qu’autour des fumoirs (ou dans un resto, puisque là, c’est permis!). Les rues sont propres. Aucun papier, aucune gomme, aucun mégot n’ornent l’asphalte.
Mais en parallèle à toute cette vie rangée, ils cultivent une exubérance hors du commun et semblent être continuellement en quête de l’expérience ultime. À fond la caisse.
Chez M’s, un sex-shop de 6 étages, j’ai vu des « jouets » sexuels dont je ne soupçonnais même pas l’existence (et j’ignore encore à quoi peuvent servir certains d’entre eux).
Les restos à thèmes ne lésinent pas sur les détails. Je suis allée au resto d’Alice au pays des merveilles et j’ai mangé le chat du Cheshire en pizza, servi par Alice elle-même.
Il y a aussi l’île artificielle d’Odaiba (que j’ai surnommée Kitsch City ), où se trouvent des centres commerciaux thématiques (VRAIMENT thématiques comme la pseudo-réplique de Venise – sans l’eau – de la photo ci-dessous), la plus grande roue au monde (record Guinness 1999) et une mini-statue de la Liberté. Entre autres.
Aussi, c’est l’Halloween tous les dimanches à Harajuku! Si on s’y rend pour faire un brin de shopping, on risque d’y croiser des Cosplay, ces jeunes qui se glissent dans la peau de leur personnage de manga préféré. Ça met encore plus de couleur dans l’éclectique quartier!
Je n’ai jamais vu autant de néons et d’affiches géantes en 3D que dans le quartier Dotonbori d’Osaka. Time Square format quartier.

© Karine Charbonneau

Et ce ne sont là qu’une mini-poignée d’exemples. Entre les poupées style Barbie pour papa (qui côtoient les poupées Barbie pour fillette) et les publicités complètement déjantées se trouve un MONDE d’excentricités.

Peut-être que tous ces contrastes m’ont aidée à cultiver l’harmonie, l’acceptation de la différence, l’appréciation du brin de folie. En gros, le respect de l’autre… Une chose est sûre, ils ont contribué à me faire aimer ce pays si différent du mien!

Ce contenu a été publié dans Asie, Japon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Manger, prier et aimer au Japon (la suite)

  1. Ibadete dit :

    Bonjour Karine,

    Après avoir lu votre article sur votre expérience au Japon. De plus plusieurs années que j’aimerais faire le même genre de voyage «prier, manger et aimer» dans un pays où le tourisme est ouvert depuis peu d’années, c’est l’Arabie saoudite. J’aimerais partir pour ce pays, pour découvrir ses richesses naturelles et la culture musulmane avec ses 70 000 mosquées dont moi j’aimerais faire un pèlerinage dans les deux villes saintes que sont : Médine où se trouve la tombe du prophète Mohamed et la Mecque qui est la première mosquée de l’islam, car selon l’islam un pèlerinage à la Mecque, est l’un des cinq piliers de l’islam. Dont, il est obligatoire de le faire au moins une fois dans vie si nous avons la capacité physique et financière de le faire, mais ce qui est malheureux pour cette destination que l’entrée à la Mecque est strictement interdite pour les non-musulmans. Cependant, le terminal de bus de la Mecque qui est en dehors des limites de la ville est ouvert pour tout le monde pour admirer l’architecture unique. Donc, peut-être qu’un jour je partirais uniquement pour admirer l’architecture et le paysage naturel de l’Arabie Saoudite. De plus, suite à votre article vous m’avez donné le gout de changer de destination pour ce genre de concept «manger, prier et aimer» de partir vers un pays asiatique.

  2. Viky Marois dit :

    Bonjour Karine,
    Comment ne pas avoir envie de s’évader et de partir à l’aventure au Japon après avoir lu ton article !!! J’ai vu le film Eat, Pray, Love (je n’ai pas encore lu le livre! Peut-être je devrais m’y mettre car j’avais adoré le concept.) et voilà que je tombe sur ton article qui me donne (encore) le goût de manger, prier et aimer dans un pays autre que le Canada. Mais pourquoi avoir choisi le Japon? Il est vrai que c’est un endroit en pleine expansion touristique de plus en plus visité, mais, personnellement, il ne me serait pas venu en tête cette destination en premier pour faire cette aventure de  »recherche et ressourcement de soi ». Est-ce seulement parce que ce pays t’attirait déjà ou est-ce vraiment car tu trouvais l’endroit idéal pour ce genre d’expériences ? Chose sûre, tu as réussi à me donner le goût d’aller visiter ces endroits ludiques et exotiques du Japon ! Moi aussi j’ai déjà un peu voyager et foncer vers l’inconnu (je suis allée étudié en Europe durant 5 mois à l’âge de 18 ans), alors je comprends tout à fait ce sentiment de liberté et cette envie de découverte qui t’a surement animée et guidée durant ton voyage. La seule chose à laquelle je pense depuis mon retour est de recommencer. Le sentiment de liberté, la découverte de nouvelles personnes ayant une toute autre façon de voir les choses, les nouveaux paysages sont des choses qui ne cesseront de gaver ma curiosité et mon envie de vivre !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.