Des mouettes gourmandes étendent leur vol blanc et tranquille autour des mille tours vitrées qui forment Vancouver. Nous sommes un petit matin de février, et toute la fierté canadienne se dresse. Dans les quatre derniers jours, nous avons parcouru quatre provinces, sur quatre roues : 4 449 kilomètres d’interminables plaines, le sommeil lourd sur l’œil. Après que des communautés chétives et des habitations solitaires, surgissant d’entre les vallons discrets, eurent chaviré dans nos mémoires respectives, et après la traversée des fameuses capitales Winnipeg et Regina, et de la métropole Calgary, nous mettons le frein à l’autre bout du pays, là où il fait chaud, là où les mouettes hurlent.
La ville est magnifique. Bordée du Pacifique et de hauts monts au sommet desquels une neige se prélasse éternellement, elle est une hôte digne et généreuse pour les Jeux qui se préparent. En expansion sur le plan cinématographique, elle inclut le Stanley Park, la station de ski Cypress Mountain et de multiples incontournables pour les mordus de plein air. Une des premières villes à avoir adopté le système de transports électrique, elle présente des rues propres et vivantes, offrant la possibilité de s’y mouvoir de façon pratiquement écologique. Soit par ses longues pistes cyclables, soit par le SkyTrain, qui se démarque bruyamment avec ses itinéraires tout en souplesse.
Je l’emprunte dès le premier soir, pour aboutir sous l’arche de « Grandville Island », un coin minuscule et coloré de la carte. Après l’étang peuplé de canards, on arrive face à un immense clown, qui passe ses yeux ronds par la baie vitrée d’un magasin de jouets réservé aux enfants. Sur la gauche, une panoplie de délicieux restaurants lancent leurs écumes, le cabaret fanfaronne ses airs, et les joyeux commerçants du public market ouvrent leurs portes sur de frais produits. Sur la droite, une sorte de sphère lumineuse attire mon attention. Il s’agit du Cristal Jax, une caverne d’Ali Baba débordante de pierres précieuses, où il est possible de se documenter de médecine comme de remporter chez soi un concentré d’énergies.
Dans les jours qui suivent, je fais de brèves excursions maritimes, je découvre les installations mises sur pied dans le cadre des Olympiques et je vais prendre le café chez Finch, un élégant et abordable repère pour des délicatesses biologiques. Le tiers de la population étant d’origine chinoise, une variété de salons de thé est également à disposition de m’accueillir.
Cela ne prend guère de temps avant que je ne m’aperçoive du phénomène qui s’insinue ici : le climat demeurant assez chaud à longueur d’année, beaucoup de citoyens délaissent l’habitation pour déployer tours et chapeaux, qualifiant volontiers leur état de « campeur urbain » plutôt que de « sans-abri ». Dans Main Street, je fais la rencontre de Yann, qui m’apprend à jongler. Ce gitan dans l’âme a choisi de vivre de la chance et d’eau fraîche, traînant son baluchon où bon lui semble. Après un échange de rires et d’idées, j’accepte qu’il conduise le mien jusqu’à son secret refuge : un dessous de pont planté au cœur d’un parc, où un feu crépite à côté d’un écriteau en bois : Small house, Huge backyard. Une bande de musiciens content des légendes et grattent leurs guitares, nous saluant avec une tasse de chocolat. Nous chantons haut et discutons longtemps : est-il possible de diminuer l’orgueil, de demeurer fier même en acceptant l’aide?
À la fin de la semaine, j’y retourne accompagnée d’un photographe asiatique qui m’héberge. Complètement fasciné par le mode de vie de ces marginaux, il prend quelques clichés d’eux, avant de tous les inviter à son appartement. Nous célébrons, sous le feu des cinq anneaux, le sport comme l’art, la fraternité, la victoire d’être debout. Nous trinquons aussi à moi qui repars demain, vers les pentes où la majorité des athlètes performeront réellement : Whistler.
J’aimerais parler d’hôtels et de bons vins, mais voilà, je ne sais que dire le vrai : cette semaine, j’ai rencontré des mouettes, frivoles et affamées, qui picorent des miettes en léguant des plumes.
Cristal Jax, Granville Island
Finch’s Tea & Coffee
353 West Pender Street, Vancouver Downtown
604-899-4040

Fra Loisel est une jeune fille de dix-sept ans originaire de Québec, menée depuis toujours par un puissant besoin d’écrire, et la soif des découvertes. Elle a choisi d’échanger ses études collégiales contre un autre mode d’instruction, qu’elle s’octroiera à coup de routes et de rencontres autour du monde pendant les cinq années à venir.
C’est un vrai régal que de te lire, ma belle !
Une bouffée de fraîcheur.
Merci et bonne suite !
Line x
Quel plaisir de te retrouver… si j’avais été spécialiste en orientation scolaire, c’est vers ce projet que je t’aurais orientée… la plus merveilleuse école se trouve sous nos pas et ne demande que de rendre nos sens disponibles. Bon vent, bonne route ( je crois que j’avais déjà écrit cela dans ton album de finissants)!
Vraiment, tu es une jeune fille très inspirante! Bravo de suivre ta voie avec autant de détermination et de confiance. Laisse ta plume légère et agile nous partager ces beaux moments de vie, remplis de découverte!
Bon voyage! MJ xxx
Bonjour,
je suis tombé un peu par hasard sur votre blog (via Ulysse). Tout d’abord chapeau de s’embarquer dans une si grande aventure. Et votre blog est si facile à lire ! Par contre, j’aurais aimé en lire un peu plus sur les Plaines et les sites que vous avez traversé entre Ottawa et Vancouver car nous même, nous avons traversé la Canada (mais nous ne sommes pas allez à Vancouver) de Sherbrooke au cercle artique (Yukon) et il y a des coins méconnus dans les plaines qui valent le détour. Si jamais cela vous dit, http://aurelien55.canalblog.com
Bonne route et Take care !
Aurélien
De savoureux moments en vérité… de ta plume infuse une juste sensibilité, bravo bel oiseau! : )
Allo ma belle,
Je viens voir à tous les jours des nouvelles te concernant…
Prends bien soi de toi…je t`aime xo
Claudette