Pemberton et l’Étable

« Fonce et ris. Tu te questionneras ensuite. »

Un bon matin je me lève, fourre dans mon sac la boîte de champignons que m’a offerte Laird, accompagnée d’un petit guide sur tous ceux qu’on peut trouver dans l’Ouest, comestibles. J’emprunte un canevas et des fusains, laisse sur la table à manger son portrait, auquel j’ai agrafé un bref mot de remerciement. J’ouvre la porte, à côté de laquelle traîne un amas de bouquins et de babioles desquelles j’ai dû me délester… Plus les jours passent, plus on prend compte de la futilité des objets auxquels on s’attache, et plus on souhaite voyager léger. Je referme la porte.

Au cours de la semaine, le soleil triomphal distribue ses rayons à une brume avare qui m’enveloppe, qui me porte. J’évolue sur le rail de chemin de fer, un train file à l’occasion, je me tasse dans la coulée. C’est d’un soupir presque soulagé que je m’éloigne de l’incessant vacarme de la ville, découvrant en sa bordure des nids rares et discrets. Alors que ceux qui peuvent se permettre Whistler sont surtout de riches engagés ou leurs jeunes couverts de chance, à Pemberton se tient tranquille une communauté majoritairement autochtone. Après les quelques casse-croûte,  dont le McDonald qui est encore parvenu à s’incruster… les maisonnées sont oscillantes, démunies. Leur fortune se condense à l’arrière du bois et de la tôle; dans ces larges enclos où des hennissements percent le silence.

Je m’approche de l’un d’eux, à pas de murmures. Des yeux ronds et chatoyants me fixent par-dessous des crinières robustes. Un ou deux poulains jouent entre les pattes brunes de leur mère, des mâles vigoureux s’impressionnent en moulinant leurs muscles. Je vais jusqu’aux bornes. Entre les bêtes d’écorce, un cheval de jais se dresse, tranquille. Son poil est court et parsemé de brindilles, une tache nacrée macule son dos. Nous nous inclinons. Je me laisse subjuguer par leur allure, attendrir par leur trot limité, avant d’aller cogner à la porte de l’écurie, d’où un bruit de scie s’échappe. Un homme à genoux sur des bûches tourne sa curiosité vers mon visage béat d’admiration. Salutations, excuses pour le dérangement, timide demande.

« Pourrais-je monter un de vos chevaux, Monsieur? Je me dispose d’abord à passer la brosse, et au nécessaire de l’étable, si jamais vous désirez une aide. »

Je lui assure de bien me débrouiller avec les bêtes, ce qui, détail, est encore un fait qui reste à découvrir…

Je passe l’après-midi à donner une toilette aux chevaux, à les nourrir, et à couper des bûches pour le feu du soir. L’homme et sa femme sont aimables, réservés, ne reçoivent guère souvent de visite.

« Reste à souper, me glisse Sarah, un pâté déjà chaud entre les mains. Demain tu pourras monter Majesty tout le temps que tu veux : j’ai bien vu qu’il était ton favori. »

Je reste à souper, à dormir; ils m’entretiennent sans déglutir des exploits de leurs protégés, et au lendemain me conduisent comme promis au cloître, où des crins noirs et soyeux m’attendent.

Au crépuscule, galopant sur la voie ferrée, une neuve information tombe dans ma petite poche de connaissances… Il paraît que je suis pas mal, avec les chevaux.

Pemberton Stables Inc.
7961 Pemberton Meadows Rd., Pemberton
604-894-6615

Note : Puisque les gens qui m’ont reçue n’ont pas fait de leur ranch un commerce en tant que tel, je vous joins ci-dessus une adresse où il est possible de monter cheval ou poney, seul, en amis, en famille.

2 Réponses à “Pemberton et l’Étable”


  • Jean Yves Boudreau

    Bonjour petite poétesse des grands chemins! Je te suivrai sans relache… et te lirai avec grand plaisir.

  • Content de constater que ta plume s’affûte au cuir des routes : ))

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