Archive mensuelle de juin 2010

Imposteur de la fin

Hello, Hello

Why do you say Goodbye?

I say Hello

 

                Une rapsodie de teintes gercées éclate en périphrase de la pupille, choquée de l’élargissement provoqué. Les stries d’ombrage se confondent au clair. Le corps rafle l’accident, l’instant le gèle puis l’envoie jaillir retourné vers les fêtes joyeuses de l’orage. Les perles oubliées heurtent pâlement mes lèvres, sur lesquelles courent de grandes lampées d’air. L’étourdissement offre bientôt les précisions fixes de la certitude. Le néant n’est que possibilité d’un monde nouveau. Le vide, espace aménagé à l’intention du fin remplissage.

                J’exécute à l’amorce un plané de rondes sauvages, qui n’a d’inconvénient que l’exacerbation des réticences vis-à-vis l’ordre.

                Nous remontons, délicieusement sereines, jusqu’aux hanches de la silhouette étirée. La quittons d’un trait bleu, jetant de par l’épaule un dernier regard sur ses tempêtes nues. Englouties par la vague narquoise du sommeil, alors que plaisamment nous nous affalons sur la côte ferme, l’île persiste à flotter sur le méandre de nos affections. – Drôle, comme ce qu’il y a de mieux peut n’être qu’un amas de terre permis par le niveau océanique.

                C’est à bord d’un vieux carrosse ocre que nous bouclons la magistrale rive, jusqu’aux terminus navals d’Horseshoe Bay. Le chauffeur époussette un banc dans ce qui servait jadis à mener à leurs leçons les écoliers; un retrait au nez rond et aux manières pleines de gentillesses. Nous échangeons quelques paroles à propos des aventures soudainement possibles et des retours souvent trop tôt venus, d’où l’avantage d’un voyage qui ne s’achève jamais.

                Vancouver porte une terre rude et des traits familiers. Gingembre et wazabi piquent au Kisha Poppo nos langues qui hâtivement se racontent, en cette soirée qui verra nos chemins à nouveau se décroiser. La belle amie dans un élan lucide a décidé de saccager tous ses plans estivaux pour étirer l’escapade, et d’aller rejoindre nos acolytes des bois jubilants, avec lesquels elle n’a de cesse de se découvrir des envies de simple. Je me dirige à l’opposé vers la province natale, préparer une suite qui ne se prépare pas vraiment.

                Il faut un cœur spacieux et fort, pour emporter tous les visages qui lentement se brouillent. La distance est-elle début d’un lest ou moyen d’éprouver, de solidifier le lien?

                Je quitte l’Ouest dans d’épaisses brumes. Je ne dis pas adieux ni ne m’allonge en prise de souvenirs. Je regarde la route et lui confronte mes airs de ciment. Je n’ai point d’incidence sur ce qui s’agrippe aux mémoires. Ce qui a à rester reste, germe. Ce qui s’en va, fait de la place.

Kisha Poppo Japanese Restaurant

1143 Davie Street, Vancouver, BC

(604) 681-9922

Le Saut

If we don’t find something very pleasant, at least we’ll find something new

 

 Devant, il y a le vide. On a franchi une courte parcelle de fortune, est passé par un sentier ou un autre, à présent tout s’annule, le vide pour n’importe quel individu porte les mêmes caractères chaotiques. On approche le plus près possible, un peu hébété. Une fine frayeur passe et incline le visage. Il s’agit d’un trou, large et sombre; la part de néant qui n,existe que parce qu’on la craint. Il s’agit d’une cavité, amas d’ombres et d’imprévisibles mouvances, dont on n’arrive pas à définir la profondeur. Il s’agit de sauter.

Dans un jardin de Sydney, Anne-Sophie développe ses méticuleux préparatifs, toute frêle au zénith de sa palpable excitation. Je te fais confiance, elle me dit doucement. Je prends le risque de faire confiance au hasard, je n’ai que hâte de voir ce qu’il nous réserve. Nous tressons nos mains en un ébène silencieux, et accordons notre foulée. Il n’est point longuet qu’un camion sur la voie se dépose, et nous offre un unique siège sur lequel joyeusement nous nous tordons. Se dresse d’abord Victoria et son parlement grandiloqueste, ses charmantes constructions et ses cafés disparates bordant le port pavé. Sooke déroule ses allées quasi désertes au bord de la nuit, sur lesquelles rapidement nous nous égarons.

– Il faudrait piquer la tente.
– Patience, un peu. Je suis certaine qu’il y a mieux.

Vers les onze heures, sur une discrète battue de campagne, s’élève effectivement une royale constellation de bougies, qui cérémonieusement  encerclent un choix de portes. Poussant l’une d’elles, nous débouchons sur un salon aux couverts de cristal, un hall fantôme, puis sur une galerie d’art éclectique qui interminablement se poursuit aux étages. Devant la sculpture d’une longue indienne, une femme replète nous croise, sursaute.

–          Nous sommes ici… pour le thé.
–          Ah! Par ici, alors.

La maison s’annonce gigantissimes et somptueusement meublée, soignée par des maîtres. Ils posent, sur un roc, quatre pâtisseries faites mains pour accompagner le breuvage, et nous croyons nos papilles fiévreuses. Soucieux de nous voir grelotter sur la berge, ils nous conduisent à une branche de la cour; sous le chapiteau où se donnent les alliances. Les podiums flamboient sous des lustres massifs, nous croyons nos visions brouillées sous l’effet de quelque mirage.

–          Qu’est-ce que c’est que cette blague?
–          La possibilité du quotidien.

Sous les clartés matinales nous découvrons avec plus d’exactitude Sook Harbour, ses foires de pailles juchées entre les mouettes, sur de longues promenades qui conduisent à la mer.

Port Renfrew est le suivant havre où tranquillement nous nous attablons. Maints randonneurs reviennent abattus de la West Coast Trail, nous les saluons et délions leurs pas. Nous entamons à notre tour les 75 kilomètres qui longent le pacifique; piste effilée sur laquelle dignement les embûches s’étalent.

D’une Anacla épuisée nous reprenons les rennes souples de la route, cap sur Tofino, ville des vagues. Nous remontons jusqu’à Port Alberni, allons poser nos allures minuscules entre la verte et mousseuse corpulence des végétaux de Sproat Lake, improvisons un détour par le phare d’Ucluelet. La tempête qui là-bas fait rage me tire aux coulisses du ressac, et oblige à se cacher entre les arbrisseaux ma copine qui sans doute aurait suivi les hystéries du vent. Lorsque nous atteignons l’objectif, un hurluberlu chapeauté nous précipite dans son restaurant et décrète le dehors tourmenté du plus imposant ouragan des cinq dernières années. Nous nous délectons donc de sushi, et choquons nos coupes de vins en observant le cosmos s’éclater.

Nous demeurons deux jours sur la pointe enchanteresse, jusqu’à ce que tout se calme. Nous campons au cœur de la forêt tropicale, avec un groupe de hippies qui m’étaient partiellement familiers de Vancouver. Nous partageons. L’hilarité et le récit, les repas sur le feu et les bains dans l’océan. Ma timide qui s’ouvre comme un strelitzia baissant sa garde se gravera mémorable spectacle. Elle fût victime du Merveilleux.

Le plus exquis, c’est qu’on guérit rarement de ces brûlures.

Dernier point avant de quitter l’île : Nanaimo. Nous fouillons le neuf puis l’ancien quartier à la recherche du parc de Bungee Jumping, pour lequel un camionneur précédemment rencontré m’avait offert deux laissez-passer… Nous trouvons le manège, la rivière et ses malicieuses rapides, le pont de 200 mètres.

Devant il y a le vide. Ce qu’on ne connaît pas, et qui nous lacère l’estomac par des poignes énergiques. Il s’agit de plonger tête première, attaché par les pieds. Nous nous rendons aux fins du tremplin, la chaîne tire instamment nos chevilles, les orteils accotent sur le métal froid. Il ne faut plus réfléchir quand on s’apprête à se suicider. Un décompte se donne dans le brouillard. Nous sautons.

Sook Harbour House
1528 Whiffen Spit Road, Sooke, BC
(250) 642-3421

West Coast Trail
www.westcoasttrailbc.com

WildPlay Element Park
35 Nanaimo River Rd, Nanaimo, BC
(250) 716-7874