Imposteur de la fin

Hello, Hello

Why do you say Goodbye?

I say Hello

 

                Une rapsodie de teintes gercées éclate en périphrase de la pupille, choquée de l’élargissement provoqué. Les stries d’ombrage se confondent au clair. Le corps rafle l’accident, l’instant le gèle puis l’envoie jaillir retourné vers les fêtes joyeuses de l’orage. Les perles oubliées heurtent pâlement mes lèvres, sur lesquelles courent de grandes lampées d’air. L’étourdissement offre bientôt les précisions fixes de la certitude. Le néant n’est que possibilité d’un monde nouveau. Le vide, espace aménagé à l’intention du fin remplissage.

                J’exécute à l’amorce un plané de rondes sauvages, qui n’a d’inconvénient que l’exacerbation des réticences vis-à-vis l’ordre.

                Nous remontons, délicieusement sereines, jusqu’aux hanches de la silhouette étirée. La quittons d’un trait bleu, jetant de par l’épaule un dernier regard sur ses tempêtes nues. Englouties par la vague narquoise du sommeil, alors que plaisamment nous nous affalons sur la côte ferme, l’île persiste à flotter sur le méandre de nos affections. – Drôle, comme ce qu’il y a de mieux peut n’être qu’un amas de terre permis par le niveau océanique.

                C’est à bord d’un vieux carrosse ocre que nous bouclons la magistrale rive, jusqu’aux terminus navals d’Horseshoe Bay. Le chauffeur époussette un banc dans ce qui servait jadis à mener à leurs leçons les écoliers; un retrait au nez rond et aux manières pleines de gentillesses. Nous échangeons quelques paroles à propos des aventures soudainement possibles et des retours souvent trop tôt venus, d’où l’avantage d’un voyage qui ne s’achève jamais.

                Vancouver porte une terre rude et des traits familiers. Gingembre et wazabi piquent au Kisha Poppo nos langues qui hâtivement se racontent, en cette soirée qui verra nos chemins à nouveau se décroiser. La belle amie dans un élan lucide a décidé de saccager tous ses plans estivaux pour étirer l’escapade, et d’aller rejoindre nos acolytes des bois jubilants, avec lesquels elle n’a de cesse de se découvrir des envies de simple. Je me dirige à l’opposé vers la province natale, préparer une suite qui ne se prépare pas vraiment.

                Il faut un cœur spacieux et fort, pour emporter tous les visages qui lentement se brouillent. La distance est-elle début d’un lest ou moyen d’éprouver, de solidifier le lien?

                Je quitte l’Ouest dans d’épaisses brumes. Je ne dis pas adieux ni ne m’allonge en prise de souvenirs. Je regarde la route et lui confronte mes airs de ciment. Je n’ai point d’incidence sur ce qui s’agrippe aux mémoires. Ce qui a à rester reste, germe. Ce qui s’en va, fait de la place.

Kisha Poppo Japanese Restaurant

1143 Davie Street, Vancouver, BC

(604) 681-9922

1 Réponse à “Imposteur de la fin”


  • Chère poétesse aux pieds légers, je crois que ton coeur est spacieux et fort, alors bonne route encore, et n’oublie pas que la nostalgie et l’espoir sont les deux versants de la rencontre, comme du voyage. Qui en comptent aussi plein d’autres :o )

Laisser un Commentaire