Archive mensuelle de octobre 2010

Testament de chroniqueuse ou ode à ce que pourrait être l’aventure

Crédit : Fra Loisel

Le Voyage est. – Une certaine définition que l’on arrive a formuler qu’aux toutes fins du périple.

Et puisqu’il n’y a pas d’ultime voyage mais que des voyages, on ne formule jamais rien – on avance.

Les plantations ont repris leur cours. Dans la terre j’ai enfonce ce que je pouvais tenir d’arbres; ce que je pouvais oser de racines. Par manque d’envie de posséder de l’argent, par incompréhension de ce que pourrait apporter à mes fins son utilisation, j’ai échafaudé quelques plans financiers. Le but étant de ressentir le passage de l’énergie qu’est le capital monétaire, en réalisant un acte qui réjouisse le large nombre d’individus. Une joie répandue ne donne-t-elle pas lieu à plus riche émoi?

J’en vins à opter pour la distribution participative: lors de ma traversée de l’Amérique, je m’arrêterai par quelques centres, la cible s’élevant principalement aux institutions dites éducatives,  afin d’échanger avec divers enseignants, et de parmi eux trouver. Ceux qui portent des projets; embryons d’idées, mais manquent de fonds pour les concrétiser. Si confiance est, don devient.

Puisque le contenu des généreuses petites enveloppes se rend rarement à bon port, j’aurai de ce fait, sinon l’assurance d’avoir apposé juste choix, du moins le privilège de m’être tenue face a face avec la possibilité. Eux en retirent un léger coup de pouce énergétique, quant à moi, le soulagement d’être lestée d’un piège astreignant.

Cela dit, je ne prévois pour mes parts personnelles que le plus ridicule budget permis. J’inventerai en cours de route, les moyens de me nourrir, de dormir et, ultimement, d’avancer.

La plus lucide parole qu’il m’eut été donné de lire était que  » ce ne serait pas dans les livres que je trouverais la vie« ..  [ Entendant « livres », je viserai surtout les manuels d’éducation, les tables de règles, les comment réussir sa vie en tous genres… La fiction demeurant probablement ce qui se rapproche le plus du réel.

Je crois qu’il y a un moment ou il faut se détacher des lignes directrices. Comme il y en a certainement un ou il faut faire de sa vie le roman qu’on voudrait lire. Écrire.

Je me situe en ce mois de septembre à New York, États-Unis, planète Terre, et en processus de détachement. La rédaction – plus ou moins – régulière de chroniques fut certes une pratique enrichissante, que je me sens pourtant contrainte de laisser derrière, avec bien d’autres choses. Projeter en un réseau fixe des nouvelles de ses pas perdus est un efficace moyen d’entrecouper le voyage, de trancher son essence, trouvant a s’extirper de l’affaire pour sans cesse la dévoiler. C’est un moyen, en fait, de se préserver de tout égarement. […] Et qu’il me faut, on le comprendra, immédiatement retirer de ma démarche, si je souhaite honnêtement m’engager dans quoi que ce soit. […]

Je me situe entre mon sac, qui a considérablement diminué de volume, et ma théière. Je sors du train qui me fit passer la frontière, et me répand sous cette ville énorme, qui ressemble a toutes les villes; qui contient a peu près ce que contiennent toutes les villes, mais qui n’est pas la mienne, et o je ne suis personne, glissant seulement sur sa parois comme sur un linge familier, n’empruntant d’elle pas davantage que ce qu’elle peut capter de moi.

Au matin je me mets en route vers le Texas. Je tergiverserai entre déserts, forêts, le dédale des États, et je retournerai dans l’Ouest; précisément ou j’ai laissé en impasse la vieille harpie aventure, qui pige entre les hommes des corbeaux, et dont je me suis volontaire portée en proie. De la je trouverai une bicyclette, descendrai jusqu’au Chili par la cote pacifique. J’atteindrai l’Antarctique, et son Pôle sud. Ressortirai de l’autre cote du silence pour naviguer l’Océanie, et tout l’Extrême Orient, avant de poser mes pas en sol Sibérien. Et ceux-ci reprendront, changes, comme tout recommence, et rien ne reste pareil. Asie, Afrique, conclusion en Europe, si conclusion est chose possible. J’irai, idée par dessus idée, au fil des rencontres et comme je le peux, jusqu’au bout du monde, découvrir qu’il n’y en a pas. Palper d’une main propre comme la terre est ronde et comme ses visages tournent.

Je ne me situe nul part plus haut qu’ici, en exorde d’une expérience assez comme une autre, mais que je choisis de pleinement m’approprier. Afin de seulement la partager mieux.

Plus tard. […]

« Viendras-tu avec nous, viendras-tu avec nous, étranger

Ou resteras-tu au sol, resteras-tu au sol, habitué?

Et puis un jour nous l’apercevrons la terre promise

Il faudra faire attention en accostant

Plusieurs se jetteront à l’eau et se noieront

Il y aura les marais, les sables mouvants

Il faudra être patient, trouver l’estuaire du fleuve

Au-delà de la mer il existe un pays aussi beau que le paradis

Où vivent des peuples aussi doux que la folie

Alors en arrivant, il faudra peut-être tuer les soldats

Et sûrement le commandant et cet imbécile de missionnaire

Enfin il faudra tuer tous ceux qui croient au roi

Il faudra ensuite couler le navire et ne plus jamais revenir… »

– Eh pis, dites donc, m’sieur: vous l’avez trouve vot’ paradis?

– Bah… Si on veut, oui.

Le petit écarquille les yeux, gigantesques.

–  Mais alors racontez, tout de même!

–  Qu’est-ce que vous y avez vu, dans c’trou?

Le vieux, lui, se gratte le menton.

–  C’est rien de plus que le potentiel de chaque instant, p’tit…

C’est juste… le potentiel…

Et il perdit le langage.