Testament de chroniqueuse ou ode à ce que pourrait être l’aventure

Crédit : Fra Loisel

Le Voyage est. – Une certaine définition que l’on arrive a formuler qu’aux toutes fins du périple.

Et puisqu’il n’y a pas d’ultime voyage mais que des voyages, on ne formule jamais rien – on avance.

Les plantations ont repris leur cours. Dans la terre j’ai enfonce ce que je pouvais tenir d’arbres; ce que je pouvais oser de racines. Par manque d’envie de posséder de l’argent, par incompréhension de ce que pourrait apporter à mes fins son utilisation, j’ai échafaudé quelques plans financiers. Le but étant de ressentir le passage de l’énergie qu’est le capital monétaire, en réalisant un acte qui réjouisse le large nombre d’individus. Une joie répandue ne donne-t-elle pas lieu à plus riche émoi?

J’en vins à opter pour la distribution participative: lors de ma traversée de l’Amérique, je m’arrêterai par quelques centres, la cible s’élevant principalement aux institutions dites éducatives,  afin d’échanger avec divers enseignants, et de parmi eux trouver. Ceux qui portent des projets; embryons d’idées, mais manquent de fonds pour les concrétiser. Si confiance est, don devient.

Puisque le contenu des généreuses petites enveloppes se rend rarement à bon port, j’aurai de ce fait, sinon l’assurance d’avoir apposé juste choix, du moins le privilège de m’être tenue face a face avec la possibilité. Eux en retirent un léger coup de pouce énergétique, quant à moi, le soulagement d’être lestée d’un piège astreignant.

Cela dit, je ne prévois pour mes parts personnelles que le plus ridicule budget permis. J’inventerai en cours de route, les moyens de me nourrir, de dormir et, ultimement, d’avancer.

La plus lucide parole qu’il m’eut été donné de lire était que  » ce ne serait pas dans les livres que je trouverais la vie« ..  [ Entendant « livres », je viserai surtout les manuels d’éducation, les tables de règles, les comment réussir sa vie en tous genres… La fiction demeurant probablement ce qui se rapproche le plus du réel.

Je crois qu’il y a un moment ou il faut se détacher des lignes directrices. Comme il y en a certainement un ou il faut faire de sa vie le roman qu’on voudrait lire. Écrire.

Je me situe en ce mois de septembre à New York, États-Unis, planète Terre, et en processus de détachement. La rédaction – plus ou moins – régulière de chroniques fut certes une pratique enrichissante, que je me sens pourtant contrainte de laisser derrière, avec bien d’autres choses. Projeter en un réseau fixe des nouvelles de ses pas perdus est un efficace moyen d’entrecouper le voyage, de trancher son essence, trouvant a s’extirper de l’affaire pour sans cesse la dévoiler. C’est un moyen, en fait, de se préserver de tout égarement. […] Et qu’il me faut, on le comprendra, immédiatement retirer de ma démarche, si je souhaite honnêtement m’engager dans quoi que ce soit. […]

Je me situe entre mon sac, qui a considérablement diminué de volume, et ma théière. Je sors du train qui me fit passer la frontière, et me répand sous cette ville énorme, qui ressemble a toutes les villes; qui contient a peu près ce que contiennent toutes les villes, mais qui n’est pas la mienne, et o je ne suis personne, glissant seulement sur sa parois comme sur un linge familier, n’empruntant d’elle pas davantage que ce qu’elle peut capter de moi.

Au matin je me mets en route vers le Texas. Je tergiverserai entre déserts, forêts, le dédale des États, et je retournerai dans l’Ouest; précisément ou j’ai laissé en impasse la vieille harpie aventure, qui pige entre les hommes des corbeaux, et dont je me suis volontaire portée en proie. De la je trouverai une bicyclette, descendrai jusqu’au Chili par la cote pacifique. J’atteindrai l’Antarctique, et son Pôle sud. Ressortirai de l’autre cote du silence pour naviguer l’Océanie, et tout l’Extrême Orient, avant de poser mes pas en sol Sibérien. Et ceux-ci reprendront, changes, comme tout recommence, et rien ne reste pareil. Asie, Afrique, conclusion en Europe, si conclusion est chose possible. J’irai, idée par dessus idée, au fil des rencontres et comme je le peux, jusqu’au bout du monde, découvrir qu’il n’y en a pas. Palper d’une main propre comme la terre est ronde et comme ses visages tournent.

Je ne me situe nul part plus haut qu’ici, en exorde d’une expérience assez comme une autre, mais que je choisis de pleinement m’approprier. Afin de seulement la partager mieux.

Plus tard. […]

« Viendras-tu avec nous, viendras-tu avec nous, étranger

Ou resteras-tu au sol, resteras-tu au sol, habitué?

Et puis un jour nous l’apercevrons la terre promise

Il faudra faire attention en accostant

Plusieurs se jetteront à l’eau et se noieront

Il y aura les marais, les sables mouvants

Il faudra être patient, trouver l’estuaire du fleuve

Au-delà de la mer il existe un pays aussi beau que le paradis

Où vivent des peuples aussi doux que la folie

Alors en arrivant, il faudra peut-être tuer les soldats

Et sûrement le commandant et cet imbécile de missionnaire

Enfin il faudra tuer tous ceux qui croient au roi

Il faudra ensuite couler le navire et ne plus jamais revenir… »

– Eh pis, dites donc, m’sieur: vous l’avez trouve vot’ paradis?

– Bah… Si on veut, oui.

Le petit écarquille les yeux, gigantesques.

–  Mais alors racontez, tout de même!

–  Qu’est-ce que vous y avez vu, dans c’trou?

Le vieux, lui, se gratte le menton.

–  C’est rien de plus que le potentiel de chaque instant, p’tit…

C’est juste… le potentiel…

Et il perdit le langage.

5 Réponses à “Testament de chroniqueuse ou ode à ce que pourrait être l’aventure”


  • Souvent par manque de motivation ou d’énergie on peut sentir que l’argent. Tu remarqueras que souvent ce sont ses petits embryons d’idées qui font les meilleurs projets. Parce que c’ est souvent les gens sans fond mais plein de volonté qui réussissent le mieux dans la vie… Eh bien moi j’en suis convaincue. De ce fait, je suis tout à fait d’ accord avec toi qu’il n’y a pas de voyages ultimes, on aura beau prévoir ce que l’on désire vraiment, il y a toujours quelque chose qui ne se passera pas comme prévu. De plus, tu décèleras qu’une partie des gens ne voyagent pas, car ils ne savent pas quoi aller voir, ou simplement, ils ne savent pas ce qu’il pourrait leur arriver. Ensuite, je veux te dire que si tu crois en ton destin, il se fera devant toi. Probablement que tu auras des moments inattendus, mais tu trouveras toujours du pain et de l’eau a te mettre sous la main, tant que tu y croiras. Enfin, je trouve que tu fais des phrases très poétiques et à travers tes métaphores et personnification j’imagine ton voyage et c’ est passionnant. Je trouve qu’avec ton grand courage et la persévérance que tu as, Oui tu les mérites ces bonheurs.

  • Jennifer Neault

    Bonjour, j’ai lu cet article et je considère que tu es très courageuse !
    Je dois répondre à ta question : <>Eh bien comme disait si bien ma mère, vaut mieux être pauvre et heureux dans son cœur que d’être riche et malheureux. Je suis aussi convaincu que si tu crois en la route que tu prends celle-ci se formeras sous tes pieds, afin de te donne tout ce dont tu auras besoin. Je trouve que tu dis vrai lorsqu’on ne prévoit jamais rien, on avance simplement ! De plus, tu le dis toi-même que le bonheur se vit à chaque instant, tout naturellement. Enfin, je t’envoie toute la lumière dont tu auras besoin et aussi le courage afin de traverser les frontières, surtout, gardes la tête haute et crois en toi ! Parce qu’à travers tes pas perdus, d’autres comme moi pourraient s’y retrouver.

  • Une voix dissonnante, à laquelle je t’espère ouverte. Pardonnes-en le ton. Mais enfin… je devais t’écrire.

    Tu prétends qu’un chemin en équivaud un autre, qu’un choix de vie en vaut un autre. Mais simplement dans l’affectation de ton style, dans les constantes critiques de l’éducation, des villes, de l’argent, bref, de tout ce qui constitue les moyens, non la fin d’un bien plus grand nombre d’individus que tu sembles le soupçonner, cela empeste la suffisance, peut-être pas l’arrogance, mais assurément une critique acerbe et bien précipitée qui contredit de manière flagrante tes prétendues louables intentions. Tu as de la verve, sans l’ombre d’un doute, tu es inspirée, mais combien de lecteurs as-tu? Deux, trois, sinon très peu? Et tu le sais, n’est-ce pas? Alors pourquoi, même dans ce volet, ou chapitre, qu’importe, que tu dis être ton dernier, cette telle absence d’humilité? Crois-tu être la seule que l’aliénation emmerde? que l’anonymat des grandes villes, que le conformisme, que le non-sens d’un quotidien répétitif dégoûte? que cette prétendue liberté, que ces somptueux panoramas n’attire pas? Ces écrits, ce journal de bord que tu tiens, qui en est davantage un intime plus qu’autre chose, c’est d’une telle naïveté, d’une telle candeur. J’admire la vivacité de ton courage, l’exacerbation de ta sensibilité, cet audacieux pas que tu prends chaque matin, mais crois-tu qu’ils soient tous impossibles pour tous ceux qui, physiquement ou géographiquement, n’entreprennent une telle entreprise?

    Mais j’arrête, même si j’en aurais tellement plus à écrire; c’est déjà bien trop long, probablement ne t’es-tu même pas rendue jusqu’ici. Et de toute manière, je n’ai pas à m’ériger en juge devant toi, mais je me permets un conseil (deux en fait), chose à laquelle je ne m’adonne jamais: épure ton style, et que l’humilité guide tes pas. Et tiens, un troisième: ne te berce pas trop d’illusions quant aux gens qui ont décidé de rester – car il y en a, de ceux pour qui l’altruisme que constitue la dévotion de leur individu et de leurs pensées et valeurs, de leurs jours et de leurs nuits, de leur bien-être et de leur mal-être, au combat plutôt qu’aux certes douces et agréables chimères et berceuses du voyage, que l’ailleurs est meilleur, constitue une action plus valeureuse, sans que la gloire ou la reconnaissance ne motive leurs actions; de ceux qui, les mains, l’âme, la langue et les yeux scarifiés et désillusionnés, persistent, masochistes peut-être, à donner du sens à ce qui n’en a pas, à soigner cette société malade en y participant plutôt qu’en la fuyant, à la comprendre de l’intérieur plutôt que de prétendre la saisir et la condamner dans les lignes insuffisantes qu’on lui dédie dédaigneusement, à aider ceux qui n’ont même pas le courage de partir vers de nouveaux horizons, sinon l’argent nécessaire – malgré toutes les critiques qu’on peut en faire – à l’achat d’un ordinateur pour accéder à ce site, ou simplement l’instruction nécessaire pour simplement lire les trois premiers mots de cet article – probablement que nombre d’entre eux sont soumis comme tu le crois, sujets à de multiples contraintes, mais pour certains, il n’a jamais pour autant été question d’abandon.

    As-tu été témoin d’injustices? d’inégalités? Naturellement. Et quoi, n’as-tu pas ressenti ce désir de t’engager, de changer quelque chose, de saisir cette matière, cette chair?

    Arrives-tu à t’émerveiller de la simple ondulation d’un brin d’herbe sous l’emprise du vent?

  • Belle aventure à Cuba chère Cloé!
    Déçue de ne pouvoir continuer à lire tes aléas, je comprend pourtant, et j’espère que tu y reviendra un jour.
    J’espère que tes rêves te porteront loin et que tu les porteras jusqu’au bout

  • Bon, eh bien moi je te salue de nouveau et toujours depuis Québec où je suis revenu vivre quelques mois sûrement avant que moi aussi je reparte pour ailleurs. On se croisera de nouveau ici ou ailleurs donc, avec dans les regards les doutes de la certitude et la certitude des doutes.

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