Paradoxe…

L’appel du Sud pour des vacances hivernales bien méritées. Crédit: Anne Marie Parent

L’appel du Sud pour des vacances hivernales bien méritées. Crédit: Anne Marie Parent

Le paradoxe est un puissant stimulant pour la réflexion. Il est souvent utilisé par les philosophes pour nous révéler la complexité inattendue de la réalité. Il peut aussi nous montrer les faiblesses de l’esprit humain et plus précisément son manque de discernement, ou encore les limites de tel ou tel outil conceptuel. (Wikipédia)

J’aime bien cette définition. Elle décrit la thématique que je voulais aborder dans ce billet : on est humain, on est rempli de paradoxes. On trie soigneusement ses déchets pour recycler tout ce qui se recycle, on fait son compost et on circule en ville en utilisant le vélo ou les transports en commun. Bref, on fait son possible.

Quand vient le temps des vacances d’hiver, c’est normal, je pense, de rêver d’une destination soleil. On passe plusieurs mois dans la grisaille, surtout cette année, et dans la froidure, mais pas cette année, alors quoi de plus normal que vouloir se retrouver sur une plage, les fesses dans le sable et le cerveau au neutre (mais pas trop longtemps quand même). Et quand elles arrivent, ces petites journées de congé qui passent toujours trop vite, il est assez rare qu’on se pose des questions existentielles. On demande surtout : combien ça coûte ? C’est humain, surtout que les vacances arrivent souvent juste un peu avant le temps de l’impôt.

Peut-on voyager de façon responsable, dans le Sud ? Pour répondre à la question, j’ai fait une petite recherche dans Google, comme le feraient sans doute monsieur et madame tout-le-monde. J’ai tapé « forfaits verts vacances dans le Sud ». Résultats : beaucoup de voyages de volontariat et de coopération. Ce n’est pas ce que je cherche. Je suis tout de même allée voir Voyages offre imbattable, dont l’exploitation est, selon le milieu, faite dans les règles de l’art environnemental, et qui prodigue une liste de conseils pour « voyager vert ». J’ai ensuite tapé « voyage responsable », avec le même type de résultats. J’opte finalement pour une recherche ciblée chez les voyagistes québécois, qui offrent des forfaits vers les destinations soleil. Là non plus, aucun forfait « responsable », mais un engagement de Transat dans le « tourisme durable » assez élaboré, il faut le souligner (il comprend même la réduction des gaz à effet de serre).

Si j’ai de la difficulté à trouver un forfait responsable, imaginez le vacancier moyen qui désire la même chose ! Alors, on fait quoi ? On assume ses paradoxes, on voyage, mais, à une époque où tout le monde parle de plus en plus de responsabilité sociale des entreprises, on fait en sorte que ses convictions soient respectées ! Il faut exiger des voyagistes de prendre cette responsabilité et de proposer des vacances à empreinte écologique réduite. Plus il y aura de voix pour demander ce type de voyage, plus les producteurs devront les offrir…

Prochain billet : « Exploramer, une belle initiative… menacée de fermeture »




Motoneigistes écoresponsables?

Crédit photo : Anne Marie Parent

Crédit photo : Anne Marie Parent

Cet hiver, je me suis demandée si faire de la motoneige peut avoir un côté écoresponsable. Eh bien oui, selon Yves Ouellet, journaliste, auteur et rédacteur en chef du magazine Motoneige Québec, publié par la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ). Il signe un éditorial dans le numéro de janvier-février 2010 dans lequel il présente le fonds Carbone Boréal (dont nous a parlé Sylvie dans son billet la semaine dernière), grâce auquel le motoneigiste peut acheter « des crédits de carbone qui serviront à planter en forêt boréale les arbres qui neutraliseront sa consommation » (afin de compenser les émissions de gaz à effet de serre de sa motoneige).

Il propose ensuite la lecture de l’article « Carbo quoi? CarboNEUTRE! » de son collègue François Thiboutôt, dans sa chronique « L’empreinte écologique ». Avec humour, ce dernier explique aux motoneigistes qu’être « carboneutre » ne veut pas dire que le congédiement de Carbonneau, ex-entraîneur des Canadiens, nous laisse froid, mais que l’achat de crédits de carbone, qui n’est pas une nouvelle taxe camouflée, est un geste tout à fait volontaire servant à contrebalancer l’effet des émanations des motoneiges contribuant malheureusement au réchauffement de la planète.

Il souligne que la Fondation J. Armand Bombardier, qui gère le Musée de la motoneige (Musée J. Armand Bombardier), à Valcourt, a recours à des crédits de carbone depuis deux ans et que la FCMQ compte « rendre carboneutres les déplacements des 58 patrouilleurs et de leurs 16 motoneiges », lesquelles parcourront en moyenne 3000 km chacune cet hiver. Coût de l’achat de crédits de carbone : moins de 900 $. Il conclut en constatant que la montée de cette conscience écolo chez les motoneigistes s’observe depuis moins de deux ans.

La FCMQ a d’ailleurs ouvert le bal en 2008 en se dotant d’un plan d’action quinquennal pour l’environnement, intitulé Soucieux de son environnement.

J’aime bien l’idée de ne pas reprocher aux gens de pratiquer un loisir « polluant », mais de leur proposer des solutions de rechange. Autre exemple, les amateurs de camping, que l’on fustige parce que leurs véhicules récréatifs (VR) émettent des gaz à effet de serre, se posent eux aussi des questions sur les possibilités de réduire leur empreinte écologique. Dans un article paru dans le magazine Camping Caravaning de mars-avril 2010, intitulé « VR…Vert – On passe à l’action! », Sophie Marsolais interviewe Daniel Nadeau, président de Safari Condo, un fabricant de petits VR écolos à Saint-Nicolas (sur la rive sud du fleuve, près des ponts de Québec). Il soutient que « chaque geste compte ». Passer d’un gros VR à un plus petit, cesser d’utiliser une génératrice, limiter sa consommation d’eau (M. Nadeau a doté ses VR de douches comportant un bouton d’arrêt pour interrompre le débit d’eau pendant qu’on se savonne), ne pas surcharger son VR, acheter local (plutôt que d’importer un véhicule de l’étranger), équiper le toit du VR de panneaux solaires fournissant jusqu’à 170 watts… Bref, il y a bien des manières de diminuer les émissions de gaz à effet de serre! On pourrait ajouter, pour compléter l’effort, que les caravaniers devraient également acheter des crédits de carbone afin de compenser l’équivalent des kilomètres parcourus dans leur année. Par exemple auprès de ZéroGES, une entreprise québécoise citée dans l’article, ou de Carbone Boréal.

Suggestion de guide pour les amateurs de motoneige : Motoneige au Québec 2010, des éditions Le Petit Futé.

Prochain billet: «Nos paradoxes?»




Petit guide de la compensation de CO2 101

Je ne suis pas une experte en la matière. Je me suis rendu compte qu’en matière de compensation des gaz à effet de serre (GES), il n’était pas nécessaire de l’être. Aujourd’hui, il est aussi facile de calculer le montant à défrayer pour compenser nos kilomètres voyage que de s’inscrire à un site de réseautage ou à un blogue. Il est important de le faire : selon la fondation David Suzuki, les émissions de CO2 imputables au transport aérien ont augmenté de 83 % depuis 1990 : 83 % !!! C’est fou ! Compenser est devenu une nécessité, si on veut réduire son empreinte écologique.

Mes recherches sur le sujet de la compensation des GES m’ont permis d’en apprendre pas mal. Je suis notamment allée « piger » de l’info chez Carbone Boréal et sur le site de la fondation  David Suzuki. La fondation a donné une définition simple du crédit compensatoire de carbone. Il s’agit, essentiellement, « d’un service, où l’acheteur paie quelqu’un pour qu’il réduise, en son nom, les émissions de gaz à effet de serre en investissant, par exemple, dans une entreprise agricole alimentée par des éoliennes. Cela permet aux acheteurs d’assumer la responsabilité de leur impact climatique et de faire preuve de leadership en matière de changements climatiques ».

Un petit exemple, pour illustrer le concept ? Disons que je désire compenser les GES qui seront émis lorsque j’irai à Paris. La distance aller et retour entre Montréal et Paris est de 11 034,08 kilomètres. Je choisis une entreprise de compensation, j’entre le nom de la ville de départ et celui de la ville d’arrivée (des liens me sont proposés pour faire le calcul de la distance entre les deux) et j’inscris ce chiffre. Je clique sur « Calculez » et j’obtiens le nombre de tonnes de GES émises par le vol et ce qu’il m’en coûtera pour les compenser, soit entre 100 $ (Offsetters), 155 $ (Planetair) et 183 $ (Carbone Boréal). Je n’ai pas testé toutes les entreprises, mais comme on le constate, les prix varient de l’une à l’autre en fonction de facteurs comme les distances, les types d’avions, le facteur du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour les vols en haute altitude. En général, les principes de calcul des GES devraient faire en sorte que l’information est transparente et que les calculs sont prudents.

Où va l’argent ?
La plupart des entreprises investissent dans des projets de plantations d’arbres et de développement d’énergies renouvelables (éoliennes, par exemple). Plusieurs d’entre elles vont financer des projets internationaux, notamment dans les pays en développement. Offsetters, dont j’ai parlé la semaine du 2 février 2010, investit dans des projets environnementaux réalisés en Colombie-Britannique, là où elle a son siège social. Carbone Boréal, choisie par les Cowboys Fringants pour sa tournée Verte (2008-2011) et par Écotrip pour son périple dans tout le Québec, applique les sommes récoltées dans un projet de forêt boréale « laboratoire » située dans le nord du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Je vous invite à lire ce projet vraiment très intéressant. De plus, Carbone Boréal offre une double compensation, baptisée Préventif pour le Climat™, qui lui permet de répondre à l’un des critères de développement durable cher aux éco-conseillers : l’équité intra et intergénérationnelle.

Transparence
Vous l’aurez sans doute deviné, j’ai un penchant pour Carbone Boréal. Étant diplômée du programme d’éco-conseil, ça va quasiment de soi. J’aime la rigueur de Carbone Boréal, son profond attachement à la forêt boréale et sa transparence. Le registre publié sur le site de Carbone Boréal donne l’information sur chacune des transactions effectuées depuis son introduction, en 2008. Ça, ça me parle.

Prochain billet: « Motoneigistes écoresponsables? »




Les parcs de la région de Québec en hiver

Chalet Devlin au Parc national de la Jacques-Cartier, géré par le Camp Mercier. Crédit photo: Anne Marie Parent

Chalet Devlin au Parc national de la Jacques-Cartier, géré par le Camp Mercier. Crédit photo: Anne Marie Parent

La semaine dernière, j’ai passé quatre jours dans les parcs de la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) de la région de Québec. À défaut d’aller dans le Sud l’hiver, faire un séjour au Québec est tout aussi ensoleillé – en plus frisquet! – et plus écologique car on fait du tourisme de proximité.

Les trois endroits visités, la Station touristique Duchesnay, le camp Mercier et le parc de la Jacques-Cartier, font partie du réseau de la Sépaq, dont la politique environnementale est assez avancée. J’ai rarement vu autant de bacs de récupération dans des chambres touristiques : non seulement à l’auberge, mais aussi dans les chalets et même les yourtes!

Dans ces dernières, on n’avait pas l’eau courante ni de toilette, mais il y avait des bacs bleus. Eh bien, les nécessités prioritaires ne sont plus les mêmes! Ça nous rend humbles, tout d’un coup… J’ai aussi remarqué les distributeurs de shampooing et de revitalisant sur le mur de la baignoire de l’auberge Duchesnay, au lieu de petites bouteilles qu’on jette souvent après un ou deux usages. Ça augure bien d’un séjour, quand on sent que l’environnement est respecté!

Une des 36 chambres de l'Hôtel de glace. Crédit photo: Anne Marie Parent

Une des 36 chambres de l'Hôtel de glace. Crédit photo: Anne Marie Parent

Duchesnay est un centre de villégiature tellement agréable (auberge, spa, chalets, pistes de ski de fond et de raquettes…), qui «héberge» l’Hôtel de Glace l’hiver (avais-je besoin de préciser l’hiver?). J’ai adoré la visite de cet établissement temporaire, aux design, décoration et éléments artistiques éphémères. Les lustres, les murs et les autres «meubles» (banc, lits, tables, bancs de la chapelle où l’on peut se marier…), taillés dans la glace et mis en valeur par un jeu de lumière de couleurs, sont de véritables œuvres d’art.

Le camp Mercier est réputé pour son réseau de ski de fond, inimitable, nous dit-on. C’est pour cette raison que le parc de la Jacques-Cartier, tout près, a développé la raquette, laissant le ski au spécialiste : le camp Mercier.

La Sépaq investit beaucoup pour rénover les installations de ses parcs, réserves fauniques et stations touristiques. Ses nouveaux chalets Devlin, par exemple, dans le parc de la Jacques-Cartier mais gérés par le camp Mercier, sont mignons comme tout et très fonctionnels. Rien n’est fourni : vous apportez votre literie, vos repas (il y a une cuisine équipée), vos articles de bain…, mais ils sont chauffés et il y a des toilettes et une douche!

Activité Bûcherons académie: on apprend le métier de bûcheron, à Duchesnay! Crédit photo: Anne Marie Parent

Activité Bûcherons académie: on apprend le métier de bûcheron, à Duchesnay! Crédit photo: Anne Marie Parent

La différence entre un centre de ski de fond ou de raquette régulier et le réseau des pistes de la Sépaq est que ce dernier propose des activités d’animation très intéressantes, qui sensibilisent le public à l’importance de respecter l’environnement. Une conférence appelée «Choco, porto et louveteaux», par exemple, conduit les participants vers un sentier éclairé aux flambeaux, les samedis soir d’hiver. Puis l’animateur présente un diaporama et des enregistrements sur magnétophone de la vie des loups, tandis que les invités reçoivent des chocolats fins et du porto pour mieux apprécier la soirée. Belle initiative! Nous avons aussi participé à «Bûcherons académie», activité de groupe (10 personnes minimum) qui nous a bien tenus en haleine pendant près de deux heures: couper du bois, le corder, construire une cabane de bois rond de taille réduite, etc.

Je pourrais bien continuer à énumérer tous les attraits des parcs de la région de Québec (et d’ailleurs), mais je crois que vous avez compris l’importance de pratiquer du tourisme responsable… localement!

Suggestion de lecture: Raquette et ski de fond au Québec, par Yves Séguin, Ulysse, collection « Espaces verts ».




L’empreinte écologique…

Lorsque nous avons «inauguré» ce blogue, nous avons indiqué qu’il s’agissait de tourisme responsable. Cela signifiait de choisir une destination ou une façon de voyager après un questionnement personnel sur l’impact ou les retombées (car le tourisme en compte de nombreuses, évidemment) de nos périples sur l’environnement et sur les communautés hôtes.

Afin de nous aider à réfléchir, il existe un petit outil tout simple, développé dans l’esprit de nous faire prendre conscience des conséquences de nos déplacements et de nos vacances sur les destinations visitées : le calculateur d’empreinte écologique. « L’empreinte écologique est un indice synthétique qui agrège différentes données pour nous dire à quelle distance nous sommes d’un mode de vie écologiquement viable. Les calculs d’empreinte écologique ont la même fonction que des relevés bancaires qui nous disent si nous vivons dans les limites de notre budget écologique ou si nous consommons les ressources naturelles plus vite que ce que la planète peut les régénérer. »

Présentée sous la forme d’un questionnaire, l’empreinte écologique nous révèle combien d’espace nous utilisons sur la planète en fonction de notre mode de vie. Ainsi, si tous les habitants de la Terre vivaient comme des Nord-Américains, il faudrait 6,8 planètes pour produire les ressources permettant de répondre aux besoins de tous !

La plupart des calculateurs d’empreinte écologique ne sont pas conçus pour les voyages. Il est cependant possible de calculer les émissions de C02 d’un déplacement en avion et de les compenser en achetant des crédits de carbone; cette question étant plus complexe, nous en traiterons dans un autre billet en utilisant un exemple concret pour bien illustrer le fonctionnement de la compensation du C02.

Sans connaître exactement l’empreinte écologique d’un voyage, on peut quand même l’estimer à partir des questions du calculateur et choisir une formule peu énergétivore : un forfait sans activités motorisées, par exemple. Plus facile encore, pourquoi ne pas visiter notre propre coin de pays ? Anne Marie nous proposera d’ailleurs la semaine prochaine des idées d’excursions dans les parcs du Québec, magnifiques en hiver !

Plus d’info sur l’empreinte écologique ici et ici.




Tourisme urbain à Marrakech et autres destinations marocaines

Je rentre d’un séjour au Maroc, où je suis allée à plusieurs reprises depuis 1992. Beau constat: le pays semble aller de mieux en mieux. Je ne suis pas économiste pour le prouver, mais j’ai vu de nombreuses habitations sociales neuves, je n’ai pas autant senti la misère dans les rues (moins de mendiants et de quidams s’improvisant guides touristiques, qui insistaient davantage en 1992 qu’en 2010) et j’ai visité plusieurs centres de villégiature et golfs en construction. Le tourisme est une source importante d’entrée de devises, et le peuple marocain se donne plus que jamais les moyens d’attirer les vacanciers en aménageant des stations touristiques de qualité.

Suite Winston Churchill à l’hôtel La Mamounia à Marrakech. Crédit: Anne Marie Parent

Suite Winston Churchill à l’hôtel La Mamounia à Marrakech. Crédit: Anne Marie Parent

C’est sûr que je n’ai pas tout vu et tout parcouru en une semaine, mais ce que j’ai visité m’a beaucoup plu. À Marrakech, l’hôtel de luxe La Mamounia a rouvert après 3 ans et demi de rénovation. Le revamping de cette institution où venait séjourner Winston Churchill (une suite porte son nom, d’ailleurs) a mis en valeur la décoration et l’architecture traditionnelles – on a fait travailler des artisans du pays –, tout en y apportant une touche moderne.

Musiciens sur la place Jamâa El Fna à Marrakech. Crédit: Anne Marie Parent

Musiciens sur la place Jamâa El Fna à Marrakech. Crédit: Anne Marie Parent

J’ai aussi beaucoup aimé l’hôtel Les jardins de la médina. Aménagé comme les habitations classiques du Maghreb (résidence avec une cour intérieure abritant un plan d’eau – ici une piscine et des fontaines), l’hôtel représente une oasis de paix en plein cœur de la ville. Ça repose les yeux et les oreilles après avoir déambulé dans les rues cacophoniques de Marrakech et en particulier à la place Jamâa El Fna (datant du XIe siècle), carrefour des plus animés inscrit à la liste du patrimoine de l’humanité de l’UNESCO. On y côtoie des charmeurs de serpent, des musiciens ambulants, des dames qui vous attrapent les mains pour vous tracer de belles lignes au henné, des kiosques à jus d’oranges fraîchement pressées, des micro-restaurants installés le soir en plein air… et c’est par là qu’on accède au labyrinthe du souk (marché), si coloré et étourdissant! Un bain de foule sur cette place est une réelle immersion dans le quotidien de Marrakech.

Autre lieu qui fait contraste avec le brouhaha de la ville, le Jardin Majorelle est un îlot de verdure qui a appartenu au couturier Yves Saint Laurent. Des plantes et des arbres des cinq continents en font un endroit tranquille et ombragé bien apprécié les chaudes journées d’été.

Ailleurs au Maroc, les projets touristiques ont le vent dans les voiles. Le plan Azur, instigué par le gouvernement marocain, vise à créer six stations balnéaires qui contribueront à attirer 10 millions de touristes par année au pays. Mais va-t-on priver la population locale d’eau pour «hydrater» tous ces nouveaux golfs qui poussent près de Casablanca (centre de villégiature Mazagan dont le directeur du golf, Stéphane Talbot, est un grand golfeur québécois installé au Maroc depuis 8 ans) et à Essaouira (station Mogador), notamment? Il semble que non, parce qu’on a prévu de réutiliser l’eau provenant des usines de traitement des eaux usées pour arroser les verts, ainsi que celle provenant des jardins filtrants, une nouvelle technologie brevetée qui permet de récolter 10 mètres cubes d’eau par jour grâce à des plantes. De plus, on utilise une portion minime du territoire: 8 % à Mogador, soit à peine 2,4 hectares sur les 320 que compte cette station touristique. Le mot d’ordre: la forêt est conservée, des plantes sont semées et on ne construit pas de bâtiments sur les plages. Le Maroc a un programme national d’énergies renouvelables et entend bien préserver son environnement. Dossier à suivre…




Tourisme virtuel et solidaire (et vice versa)

Dans ce billet, je voulais proposer une forme différente de pratiquer le tourisme responsable. Il m’est cependant difficile de passer outre l’actualité et ne pas parler d’Haïti. En fait, je n’en parlerai pas. Je vous suggère plutôt de lire un très beau texte de Marie-Julie Gagnon sur le tourisme et son apport économique et social sur celle que l’on désigne comme « La perle des Antilles » .

Par ailleurs, mon collègue Gary Lawrence a aussi publié récemment un billet détaillé présentant les multiples propositions de voyages solidaires, des expériences uniques qui permettent de prêter main-forte à une communauté tout en découvrant la culture et le pays. Vous pouvez le lire ici — je vous suggère aussi de suivre les liens qu’il propose.

Ce texte m’a cependant conduite à une réflexion : la plupart de ces voyages coûtent cher, tout comme beaucoup de voyages d’écotourisme. Personnellement, je ne pourrais pas le faire, comme beaucoup d’autres qui aimeraient bien, pourtant, offrir leur aide ou découvrir les richesses humaines, patrimoniales, culturelles et naturelles de ces pays que l’on nous présente. L’un des principes guidant ma réflexion à ce sujet est l’équité, comme dans « tourisme équitable ».

Le tourisme équitable, pour moi, se décline en deux catégories : celle qui procure des retombées justes aux communautés où il se déroule et une seconde, qui s’exprime en matière d’accessibilité et qui permettrait à tous de profiter des richesses de la planète. Bien sûr, on n’a pas besoin d’être millionnaire pour effectuer un périple humanitaire, mais certaines destinations, surtout écotouristiques, sont tellement hors de prix que seules les bourses bien garnies peuvent y prétendre.

Il existe pourtant une solution, qui n’est pas parfaite, certes, mais qui permet à tous de faire le tour du monde, à condition d’être branché sur Internet. Il y a quelques années, j’avais lancé à la blague que la forme de tourisme la plus « durable » (passez-moi l’expression) serait le tourisme virtuel, au grand dam de mes amis de l’industrie du voyage. Force est de constater que la réalité, bien réelle celle-là, me donne aujourd’hui raison. J’en veux pour preuve ces exemples où l’on nous présente de nouvelles façons de découvrir villes, pays et cultures. Il y a quelques semaines de cela, Lisa Marie Noël, chroniqueuse à La Tête ailleurs, une émission animée par Jacques Bertrand sur les ondes de la Première Chaîne de Radio-Canada, proposait de découvrir New York, puis Dubaï… à dos de souris. En décembre, Le Devoir annonçait une entente entre Google et l’UNESCO ouvrant 19 des 890 sites du Patrimoine mondial au grand public par le biais de visites virtuelles, dans le but « d’accroître la visibilité des sites et l’accessibilité du patrimoine au grand public », selon Lucía Iglesias, porte-parole de l’UNESCO.

D’accord, ces visites virtuelles ne se comparent pas à l’expérience d’être là, mais elles rendent le monde accessible à une vaste majorité de voyageurs dans l’âme, sans dépenser et sans impact. De plus, certains films IMAX mettant en vedette des paysages et cultures extraordinaires m’ont beaucoup émue, sans vider mes poches. Qui sait si un jour, quand nos excès auront eu raison de ces merveilles qui sont les ressources même du tourisme, ces images seront le moyen de voyager…

La semaine prochaine, Anne Marie nous parlera de tourisme urbain à Marrakech et d’autres destinations marocaines.




Jouons à l’écotouriste… en ville!

Quartier des spectacles à Montréal (métro Place-des-Arts).

Quartier des spectacles à Montréal (métro Place-des-Arts).

Comme Sylvie le suggérait dans son dernier billet, le tourisme urbain est une forme de tourisme responsable, en plus de vous procurer le plaisir de découvrir les détails architecturaux, les cafés, boutiques, restaurants, parcs… que vous n’auriez pas remarqués en passant rapidement en auto!

La plupart des grandes agglomérations sont dotées de services de transport en commun efficaces et de forfaits touristiques du style «cartes de métro-bus + musées», par exemple la carte Musées Montréal, valide 3 jours consécutifs dans 34 musées, assortie d’une carte de la Société de transport de Montréal (STM).

À Québec, les écolobus sont des autobus électriques non polluants qui sillonnent le Vieux-Québec. En plus, on y monte gratuitement. Belle initiative! Réseau de transport de la Capitale (RTC).

Une belle façon de découvrir une facette des villes que vous visitez est de faire un tour guidé à pied thématique. Il existe des circuits des fantômes dans plusieurs municipalités du monde, animés par des personnages d’époque venant raconter leur vécu… ou leur tragique destin. À Montréal: www.fantommontreal.com

J’aime beaucoup les visites guidées des organismes Guidatour (à pied et à vélo), Kaléidoscope, Héritage Montréal et Amarrages (circuits parmi les communautés culturelles), à Montréal.

À Québec, la Compagnie des six associés propose des circuits assez particuliers, dont «Luxure et ivrognerie», «Crimes et châtiments», «Docteurs, guérisseurs et fossoyeurs»… On ne voit plus Québec de la même manière!

Un conseil: quand vous arrivez dans une ville, rendez-vous au Bureau d’information touristique et renseignez-vous sur les tours guidés et sur les cartes de transport ou de musées. Procurez-vous des guides touristiques des villes ou régions en particulier, plutôt que ceux sur le pays en général. Et choisissez vos dates: vous apprécierez davantage la ville visitée durant ses festivals. Bientôt nous aurons Montréal en lumière, du 18 au 28 février 2010 et sa Nuit blanche le 27 février (navette gratuite entre une centaine de lieux qui s’animent toute la nuit)!

Trouvés, aux librairies Ulysse: Balades à vélo à Montréal; Fabuleuse Québec; Fabuleux Montréal; Le tour du monde à Montréal; Les plus belles escapades à Montréal et ses environs; Marcher à Montréal et ses environs; Montréal; Montréal au fil de l’eau; Montréal en métro; Plaisirs du Vieux-Montréal – Histoire, Design, Gastronomie; Le Vieux-Québec à pied; ainsi que ceux d’autres villes, telles que Boston, New York, Paris…

Quelques titres des éditions Le Petit Futé: 52 escapades au Québec; Ville de Québec; Québec gai et lesbien; Produits régionaux et  circuits touristiques du Québec; Montréal

Prochain billet: «Une autre forme de voyage responsable».




À l’origine du tourisme responsable: l’écotourisme

Chasse photographique dans la province du Veracruz, au Mexique

Chasse photographique dans la province du Veracruz, au Mexique

Bonne année 2010! Cette année a été décrétée l’Année internationale de la biodiversité. L’écotourisme est sans doute la forme de voyage permettant le mieux de découvrir les richesses biologiques, fauniques et culturelles de la planète. Durant ma carrière de journaliste, je me suis très tôt intéressée à l’écotourisme, un concept né au Mexique en 1983. C’est en effet le Mexicain Hector Ceballos-Lascurain, alors directeur de la commission écotourisme de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui a le premier décrit l’écotourisme comme «un nouveau concept de voyage de découverte dans une nature préservée avec l’accent mis sur l’éducation et la sensibilisation du milieu[1]». L’aménagiste en a aussi rédigé la toute première définition: «Une modalité touristique responsable face à l’environnement et à la visite d’aires naturelles relativement peu perturbées, dans le but d’apprécier la nature (et ses composantes culturelles passées et présentes), tout en promouvant la préservation, en ayant un impact de visite minimal et en privilégiant une intégration active qui apporte des bénéfices socioéconomiques aux populations locales.[2]» Voilà une grille d’analyse qui devrait nous être utile pour guider nos choix d’une destination pour nos vacances ici ou ailleurs.

L’écotourisme a évolué pour devenir un segment de l’offre touristique réunissant une panoplie de produits du plus fidèle à la définition au plus éloigné. Certains promoteurs l’utilisent aussi comme un outil de marketing pour des randonnées en quad, en motoneige et d’autres du même acabit. Bref, l’écotourisme a le dos large. Rien n’est parfait. Il ne s’agit pas ici de juger ces promoteurs; plusieurs d’entre eux le font de bonne foi. Cependant, puisque notre mandat est de vous aider à prendre les décisions les plus éclairées possible, avant de choisir une activité ou un forfait de façon responsable, je vous invite à écouter le reportage d’Étienne Leblanc, journaliste à Radio-Canada et anciennement de l’équipe de l’émission Les années lumière. Son entrevue avec le professeur Alain Gauthier, de l’École de gestion de l’Université du Québec à Montréal, peut être entendue ici; ce reportage est le reflet quasi parfait de ma réflexion sur le sujet.

Ainsi, l’écotourisme n’est pas réservé aux destinations exotiques… On peut le pratiquer chez soi, dans sa ville ou son coin de pays. Et puis, comme le dit si bien Marcel Proust: «Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.»

Prochain billet : Jouons à l’écotouriste… en ville!


[1] Guide de l’écotourisme. Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, collectif. Éd. Le Petit futé, 2008. 424 pages. En vente dans les librairies Ulysse

[2] Idem.




D’autres activités sous-marines sympas!

Grâce au casque de scaphandrier relié à un câble, nous pouvons respirer et marcher sous l'eau, à 7 mètres de profondeur.

Grâce au casque de scaphandrier relié à un câble, nous pouvons respirer et marcher sous l'eau, à 7 mètres de profondeur.

Je reviens sur le parc Chankanaab, à Cozumel (Mexique), où nous avons fait la rencontre avec les dauphins. On peut aussi y pratiquer le Sea trek (avec un casque de scaphandre pesant 70 lbs relié à de l’oxygène à la surface) et du Snuba (masque duquel un tube est relié à une entrée d’oxygène, la source se trouvant à l’extérieur de l’eau et non à des bouteilles sur le dos des gens). Moi j’ai essayé le Sea trek, mais en descendant l’échelle à 24 pieds de profondeur (7 mètres), j’avais beau «décompresser» pour me déboucher le nez, j’ai eu trop mal aux oreilles pour continuer à marcher dans le fond de l’eau… Ce n’est que partie remise!

Ce genre de parc, où l’on fait de la recherche et de la conservation du milieu naturel, est financé en partie (et parfois en totalité, selon les pays) par les entrées payantes des visiteurs. Renseignez-vous sur les organismes associés à la mission de ces parcs naturels ou écotouristiques: fédérations de protection de la faune, de la vie marine, de la nature? Si l’endroit semble de bonne foi, participer aux activités contribue à sa mission.

En direct de leur milieu naturel

À la Grenade, une île des Antilles à découvrir, je suis allée nager au-dessus du premier jardin de sculptures sous-marines au monde, à travers desquelles des milliers de poissons trouvent refuge. Créées dans le but de regénérer la vie marine en servant de récifs artificiels sur lesquels les coraux et les plantes s’agrippent, ces œuvres de l’artiste Jason de Caires Taylor sont profondément émouvantes… Visitez son site à: www.underwatersculpture.com

Excursion à Stingray City, à Grand Cayman. Les raies viennent se faire caresser, à notre grand plaisir!

Excursion à Stingray City, à Grand Cayman. Les raies viennent se faire caresser, à notre grand plaisir!

Bonne nouvelle! Le Mexique aura son jardin de sculptures à la Riviera Maya, au large de Cancún, au Parque Nacional Costa Occidental de Isla Mujeres, Punta Cancún y Punta Nizuc. Jason de Caires Taylor et d’autres collègues ont déjà commencé à installer leurs sculptures sous-marines. On en comptera 400 en tout (250 d’ici avril 2010), dont des guerriers mayas. Poissons, coraux et art se côtoient, au grand plaisir des nageurs masqués, aux yeux grands ouverts!

Autre contact avec la faune aquatique: j’ai nagé avec des raies – au bedon doux comme une tête de champignon! – aux îles Caïmans. On se rend en petit bateau au-dessus d’un haut-fond, en pleine mer turquoise, auquel on a pied. Là, en plein dans leur milieu naturel – l’endroit est surnommé la Cité des raies (Stingray City) –, nous nous faisons frôler par ces étranges créatures qui rappellent les chats se frottant sur nos jambes.

Les guides, dont certains étaient biologistes, nous expliquaient les mœurs et particularités de cette espèce marine. Beau cours de biologie en direct!

Prochain billet: «À l’origine du tourisme responsable: l’écotourisme.»