Quand la musique n’adoucit pas toujours les mœurs… et c’est tant mieux !

Témoin des mœurs de la société, la musique se veut revendicatrice, tout autant que ludique et réconfortante. Elle est le reflet de son époque, vibrant porte-parole et porte-étendard de son peuple. C’est du moins ce que j’ai perçu de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire qui sera présentée au Musée McCord à Montréal du 30 mai au 13 octobre 2014.

À l’entrée de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire, on nous remet des casques d’écoute Sony, pour profiter de la musique avec un excellent son.  Photo : Anne Marie Parent

À l’entrée de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire, on nous remet des casques d’écoute Sony, pour profiter de la musique avec un excellent son.
Photo : Anne Marie Parent

Comme il est difficile d’illustrer du patrimoine immatériel, les créateurs de l’exposition ont eu recours à des enregistrements de musique (on circule avec des écouteurs Sony de haute qualité), à des extraits de films, reportages et vidéos, à des objets appuyant les thèmes (guitares, pochettes de disques, tourne-disques, radio-cassettes, lecteurs de CD, vêtements d’époque, costumes de spectacles et même les lunettes soleil de Dédé Fortin), dans un efficace montage des salles en six zones thématiques.

Dans la zone «L’insolence de la jeunesse» de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire.  Photo : Anne Marie Parent

Dans la zone «L’insolence de la jeunesse» de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire.
Photo : Anne Marie Parent

 

Cours d’histoire en filigrane

Quelle belle initiative que cette exposition qui met en parallèle la musique et l’histoire du Québec! Pour les touristes, cette visite dans ce musée se consacrant à la mise en valeur de l’histoire sociale de Montréal leur servira de cours d’histoire sur le Québec depuis le début des années 1960, grâce aux courants musicaux. Pour les Québécois, l’exposition est un rappel extraordinaire des décennies que nous avons traversées.

On peut écouter des heures de musique en se baladant dans les cinq zones de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire.  Photo : Anne Marie Parent

On peut écouter des heures de musique en se baladant dans les cinq zones de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire.
Photo : Anne Marie Parent

Tous les grands moments y passent, de la Révolution tranquille post-Duplessis à la commission Charbonneau, en passant par les référendums sur la souveraineté du Québec et la ratification du traité de la Paix des Braves avec les Amérindiens! Les paroles de nos chanteurs et chansonniers font écho aux événements et aux tendances musicales de ce demi-siècle.

Leonard Cohen en entrevue dans sa baignoire ; extrait présenté dans l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire.  Photo : Anne Marie Parent

Leonard Cohen en entrevue dans sa baignoire ; extrait présenté dans l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire.
Photo : Anne Marie Parent

Personnellement…

Je crois que chaque visiteur y trouvera son compte, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs. La musique, quelle qu’elle soit, fait résonner des souvenirs. Dans mon cas, qui ai l’âge de la période couverte par l’exposition (début de la Révolution tranquille, quand le Québec a fait fi les valeurs religieuses opprimantes au décès du Premier ministre Maurice Duplessis en 1959), j’ai vu toute ma vie se dérouler en six zones, en commençant par «L’insolence de la jeunesse», doublée de l’insouciance, ajouterai-je. Au début des années 1960, près de la moitié de la population québécoise a moins de 26 ans. La musique yéyé reflète cet éclatement des valeurs et l’esprit fanfaron des adolescents de l’époque.

On passe ensuite par les zones «Rêver de mondes différents» avec ses chansons de quête identitaire engagées, «Chants des Braves», «Vivre sa fantaisie», «Les pas de géant» et «Hymnes».

Guitare basse de Bill Gagnon, du Ville Émard Blues Band.  Photo : Anne Marie Parent

Guitare basse de Bill Gagnon, du Ville Émard Blues Band.
Photo : Anne Marie Parent

Tout au long du parcours, je me suis rappelé les pochettes de disques qu’on avait à la maison, les chansons que je jouais à la guitare ou que je chantais autour d’un feu de camp, les fêtes de la Saint-Jean sur le mont Royal où ma mère travaillait comme infirmière dans la tente des premiers soins (elle nous racontait la décadence des gens saoûls ou drogués, alors je n’avais pas le droit d’y aller!), les festivals qui ont fait la renommée de Montréal (Jazz, Francofolies…), les chants devenus hymnes quasi mythiques («Quand les hommes vivront d’amour», de Raymond Lévesque, «L’hymne à la beauté du monde» de Luc Plamondon, «Hallelujah» de Leonard Cohen – à voir aussi, la vidéo où il est interviewé chez lui… dans sa baignoire! – et notre hymne national officieux, «Gens du pays», de Gilles Vigneault).

Guitare de Richard Séguin. Anne-Marie Parent

Guitare de Richard Séguin. Anne-Marie Parent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai revécu le spectacle «Magie rose» de Diane Dufresne en 1984, pour lequel j’avais acheté mon premier t-shirt rose à la demande de la chanteuse qui avait suggéré à ses 55 000 spectateurs de porter du rose, couleur que je n’aimais pourtant pas. Dans la zone «Chants des Braves», j’ai réécouté avec plaisir la musique du groupe Kashtin et j’ai fredonné «Ani Kouni» interprétée par Madeleine Chartrand que j’entendais pour la première fois. Je ne savais pas que cette chansonnette «en indien» de mon enfance avait été produite en spectacle!

Guitares de musiciens québécois. Anne Marie Parent

Guitares de musiciens québécois. Anne Marie Parent

Zone «Les pas de géant» de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire. Photo : Anne Marie Parent

Zone «Les pas de géant» de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire. Photo : Anne Marie Parent

 

L’exposition m’a aussi permis d’entendre des extraits de concerts auxquels je n’ai pas eu la chance d’assister, comme L’Osstidcho (1968), le duo de pianistes de jazz montréalais, de renommée internationale, Oscar Peterson et Oliver Jones en 2004 au Festival international de jazz de Montréal, l’émouvante prestation de Ginette Reno chantant «Un peu plus haut» avec Céline Dion sur les Plaines d’Abraham au 400e anniversaire de Québec en 2008, et bien d’autres…

Céline Dion et Ginette Reno chantant «Un peu plus haut» au spectacle du 400e anniversaire de Québec sur les Plaines d’Abraham en 2008. Photo : Anne Marie Parent

Céline Dion et Ginette Reno chantant «Un peu plus haut» au spectacle du 400e anniversaire de Québec sur les Plaines d’Abraham en 2008. Photo : Anne Marie Parent

Des heures de musique

En tout, près d’une centaine d’artistes font partie de l’exposition et on peut écouter tout autant de chansons. Des heures de plaisir et d’émotions! Bravo à toute l’équipe qui a conçu Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire, dont Mouffe, productrice et conseillère au contenu, qui a l’âge d’avoir vécu toutes ces époques musicales et sociales. Metteure en scène, comédienne, chanteuse et auteure – elle a notamment composé la très belle chanson «Ordinaire», interprétée par Robert Charlebois –, elle affirmait qu’elle avait accepté de collaborer avec le Musée McCord car elle avait un devoir de mémoire et le besoin de transmettre tout ce qu’elle connaissait en matière de musique québécoise. «C’est mon testament !» a-t-elle conclu lors du lancement de l’exposition. Merci de nous l’avoir légué, c’était très émouvant de revivre 50 ans de notre histoire collective par le biais de la chanson !

Le Musée McCord à Montréal présente l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire du 30 mai au 13 octobre 2014. Photo : Anne Marie Parent

Le Musée McCord à Montréal présente l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire du 30 mai au 13 octobre 2014. Photo : Anne Marie Parent

 

 


Ulysse vous recommande: Escale à Montréal

9782894646120

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce contenu a été publié dans Canada, En ville, Montréal et ses environs, Québec. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.