Tourisme imaginaire à Saint-Élie-de-Caxton

Il est un village qui existe pour de vrai en Mauricie, au Québec, mais qui a été élevé au rang de légende par son citoyen le plus imaginatif : Fred Pellerin, conteur, scénariste, écrivain et chanteur, né à Saint-Élie-de-Caxton, «pays des lutins et des paparmanes», indique le maire Réjean Audet dans la page d’accueil du site Internet de son village.

Oui, vous avez bien lu : des lutins et des bonbons roses au goût de menthe poivrée, communément appelés «paparmanes» au Québec, de l’anglais peppermint.

Le monde imaginaire de Fred Pellerin est l’attrait touristique principal de cette municipalité de moins de 2000 habitants. Si d’autres lieux sur la planète misent sur leur architecture, leurs festivals, leurs sites du patrimoine mondial de l’Unesco ou autres attractions notoires, Saint-Élie-de-Caxton table sur la truculence de ses habitants ayant peut-être vraiment – ou jamais – vécu…

Visite commentée en carriole avec un audioguide à la voix de Fred Pellerin narrant les anecdotes sur les gens de son village.

Visite commentée en carriole avec un audioguide à la voix de Fred Pellerin narrant les anecdotes sur les gens de son village.

Une journée de tourisme fantaisiste

J’ai passé une journée à Saint-Élie-de-Caxton avec trois amies cet été. Il faut connaître Fred Pellerin pour apprécier la fantaisie de ses personnages, par ses spectacles de contes et les deux films qu’il a scénarisés et narrés : Babine (2008) et Esimésac (2012), prénoms de deux hommes ayant vécu à Saint-Élie, le premier étant le fou du village et le second, l’homme fort du village.

L’attrait principal est donc la balade dans cette petite municipalité qui n’a en fait pas grand-chose de particulier à mettre en valeur : l’église est certes jolie, mais pas digne d’un pèlerinage. Les maisons sont simples, pas extravagantes, et il n’y a pas de monstre dans les lacs avoisinants. Voici l’exemple même d’une communauté qui a «créé» de toutes pièces ses attraits touristiques.

On a donc conçu une bande sonore, narrée par nul autre que Fred Pellerin, que l’on peut louer sous forme d’audioguide, à écouter durant le trajet à pied ou à vélo (fin de la location de l’audioguide : 13 octobre 2014), ou bien durant la promenade dans une carriole tirée par un tracteur (fin de la saison des tours de carriole : 1er septembre 2014). Notez la belle initiative des vélos bon bon en libre-service (gratuit!) à plusieurs endroits bien visibles – les supports, les bicyclettes et les tricycles sont peints en rose et orange.

Vélos et tricycle bon bon en libre-service.

Vélos et tricycle bon bon en libre-service.

Traverse de lutins et traces du passage de ceux-ci.

Traverse de lutins et traces du passage de ceux-ci.

Traverse de lutins

Traverse de lutins

Les arrêts du parcours audio sont numérotés et on a droit à une anecdote sur ce qui s’est passé là, ou sur la personne qui vivait à cet endroit. Et c’est savoureux comme tout! Il y a notamment la traverse des lutins – rappelez-vous, on est au pays de ces petits farfadets! – et on voit bien l’enseigne que Transport Québec a approuvée, nous assure le narrateur Fred Pellerin, qui indique l’endroit où les lutins traversent la route principale. Pour être certain que le message soit clair, on a tracé au sol les pas de ces personnages… imaginaires, ou réels?

On nous montre également l’arbre à paparmanes, où pousseraient ces bonbons roses qui font la réputation de Saint-Élie-de-Caxton : on les voit, accrochés dans l’arbre! D’ailleurs, plus tard, nous sommes allées chez le Marchand de glace et une des saveurs en vedette était celle de la crème glacée aux paparmanes!

Arbre à paparmanes.

Arbre à paparmanes.

Restaurant Le Rond coin et support à vélos bon bon en libre-service.

Restaurant Le Rond coin et support à vélos bon bon en libre-service.

Garage de la culture et son sentier botanique

La location de l’audioguide ou le tour de carriole avec le même commentaire narré par Fred Pellerin coûte 15 $ par personne et donne accès au Garage de la culture, anciennement le garage Déziel devenu le Musée Nos souvenances, puis le Garage de la culture (prix d’entrée de 5 $, si on y va sans avoir fait la visite guidée ou avoir loué l’audioguide).

Complètement repeint à l’extérieur, cet ancien garage est devenu une salle d’exposition. J’ai bien aimé la «machine à voyager dans l’art» de l’artiste et patenteux Jasmin Lavoie. C’est un genre de bicyclette avec des ailes qui fait activer des pinceaux se mettant à tracer des cercles. On voit le résultat de ses peintures sur plusieurs toiles. Pas mal du tout! Il semble que les habitants de Saint-Élie soient particulièrement imaginatifs…

Garage de la culture.

Garage de la culture.

Peinture représentant Fred Pellerin dans le Garage de la culture.

Peinture représentant Fred Pellerin dans le Garage de la culture.

À l’extérieur du Garage de la culture, le nouveau sentier botanique rend hommage à la Municipalité régionale de comté (MRC) de Maskinongé, dont fait partie Saint-Élie-de-Caxton, en présentant les emblèmes floraux des 17 municipalités de la MRC. Le jardin si joliment fleuri a un arrêt zen, un bassin de vie, un arrêt pique-nique, une roseraie, une fontaine illuminée le soir, une arche de bois conçue à partir de bois récupéré sur les berges des cours d’eau de la Mauricie par un artiste caxtonien, Carl Chevari… Une belle oasis de nature!

Exposition de la «machine à voyager dans l’art» de l’artiste et patenteux Jasmin Lavoie dans le Garage de la culture.

Exposition de la «machine à voyager dans l’art» de l’artiste et patenteux Jasmin Lavoie dans le Garage de la culture.

Création d’emplois et revitalisation du village!

Les initiatives des Caxtoniens ont fait en sorte que de nouveaux résidents sont venus s’installer au village; on nous raconte entre autres que pour ne pas que l’école ferme, il fallait plus d’enfants, alors on a attiré des familles. Le tourisme a contribué à la création de 11 à 15 emplois étudiants, six mois par année. La boutique des Pèlerins, attenante au presbytère, emploie des bénévoles bien heureuses de s’occuper durant les mois touristiques, à vendre des souvenirs (artisanat et autres) produits par les gens du village. Tout le monde met la main à la pâte, dans ce projet touristique communautaire!

Des restaurants et auberges ont ouvert leurs portes. Nous avons mangé au Rond Coin, réputé pour ses gridchises (sandwichs grillés au fromage) et ses modes d’hébergement inusités (yourte, camps rustiques, roulotte gitane) – en plus d’être une salle de spectacle chaleureuse –, et mangé une délicieuse crème glacée au bar laitier Le Marchand de glace, dans le même bâtiment où logent la boulangerie Du bon pain… croûte que croûte, le resto Quoi de n’œuf? et une galerie d’art.

Resto Quoi de n’œuf.

Resto Quoi de n’œuf.

Bar laitier Le Marchand de glace.

Bar laitier Le Marchand de glace.

Intérieur du bar laitier Le Marchand de glace, avec les livres et films de Fred Pellerin, et la crème glacée aux paparmanes.

Intérieur du bar laitier Le Marchand de glace, avec les livres et films de Fred Pellerin, et la crème glacée aux paparmanes.

En tout cas, on ne s’est pas ennuyé une seconde dans ce village qui a su attirer des touristes avec des lutins, des paparmanes, des gridchises et des personnages légendaires aux exploits narrés par un conteur… Après toute cette fantaisie, on se demande si on a rêvé… et il est bon de se rappeler que la devise du village est : «Saint-Élie-de-Caxton, ça existe vraiment!»

Arche en bois récupéré au sentier botanique, derrière le Garage de la culture.

Arche en bois récupéré au sentier botanique, derrière le Garage de la culture.

Exemple de bouquet de fleurs représentant l’emblème floral d’une municipalité de la MRC de Maskinongé au sentier botanique de Saint-Élie-de-Caxton.

Exemple de bouquet de fleurs représentant l’emblème floral d’une municipalité de la MRC de Maskinongé au sentier botanique de Saint-Élie-de-Caxton.

Exemple-embleme-floral-2.jpg

Exemple d’affiche expliquant l’emblème floral d’une municipalité de la MRC de Maskinongé au sentier botanique de Saint-Élie-de-Caxton.

Ulysse vous recommande : Le Québec authentique – Lanaudière et Mauricie

9782894645796

Ce contenu a été publié dans Environnement, Lanaudière, Mauricie, Québec. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Tourisme imaginaire à Saint-Élie-de-Caxton

  1. Minh Anh dit :

    C’est ce que je cherchais depuis lontemps, enfin j’ai trouve, la notion sur le tourisme responsable et vert est large et donc je voulais bien savoir comment les autres font , merci de ce partage