100.000 coups de pagaie plus tard

J’ai une belle pagaie en carbone et un kayak de mer en bois (fabrication presque maison) plutôt performant. Une chance car je ne suis pas du tout certaine que je n’aurais pas fini ce dimanche le Défi Kayak Desgagnés en bus!

 

Imaginez le topo: plus de 250 kilomètres à parcourir sur le fleuve Saint-Laurent entre Montréal et Québec en quatre jours. Cette semaine, je repose mes bras, dorsaux, abdos et même mes cuisses et fessiers, sans oublier mes trapèzes et mon cerveau, lourdement sollicités ces derniers jours. Mais je vibre d’une énergie mentale incroyable. Rien de tel que de pratiquer une activité physique intense pour oublier les 9.000 messages de ma boîte courriel, les articles à écrire bientôt, les reportages à organiser… Sortir de sa vie, quoi, ou du moins de son quotidien, pour plonger tête première dans une aventure hors du commun.

Crédit: Catherine Desautels

En avril, l’idée m’avait fortement titillée de participer (comme journaliste) à la troisième édition du Défi Kayak Desgagnés. Un tel truc de fous, voilà m’attire toujours mais ensuite, à la réflexion, il m’arrive de me juger inconsciente mais comment reculer quand on a déjà dit oui ? En plus, ce « défi » était lancé pour une bonne cause : celle des Jeunes Musiciens du Monde qui, grâce aux fonds récoltés par les participants (au moins 2.000 dollars chacun), offre à des jeunes de milieux défavorisés des cours de musique, des activités d’expression musicale et un accompagnement personnalisé.

 

Lors de la conférence de presse de présentation, Mathieu Fortier, grand manitou de cette méga-randonnée en kayak de mer, soulignait qu’on n’avait pas besoin d’être un(e) athlète pour parcourir une soixantaine de kilomètres par jour en kayak. « C’est accessible à toute personne en bonne santé qui investit du temps pour optimiser sa condition physique dans les mois précédant le départ, soit au moins trois heures par semaine ».

Bonne santé : c’est mon cas. Trouver au moins trois heures par semaine pour m’« optimiser », va. J’imprime donc le programme d’entraînement conçu pour les participants mais seulement début juin. Le programme est intense et s’intensifie progressivement. J’ai déjà pas mal de retard mais mieux vaut tard que jamais : exercices pour les bras, épaules, dorsaux, abdos, fessiers… Avec deux séances de Cardio Plein Air par semaine et une bonne sortie de plein air le week-end, j’espère que le compte sera bon.

Las : fin juin, la machine du travail et des préparatifs estivaux s’emballe. L’entraînement passe à la trappe et il prendra définitivement le bord en juillet pour cause de vacances-reportages aux Iles de la Madeleine et au Cap-Breton. Bien sûr, j’ai nagé à profusion dans les eaux du Golfe du Saint-Laurent; j’ai arpenté à pied l’archipel des iles de la Madeleine et le parc national des Hautes-Terres du Cap-Breton mais pour l’entraînement spécial kayak au long cours, niet!

Le jour fatidique approchant, début août, j’ai préparé mes arrières en vérifiant qu’on pouvait faire des demi-journées de kayak. Au diable ma fierté! Le 10 août, le « Coriolis 1 » est mis à l’eau à l’extrémité est de l’île de Montréal et moi dedans. Et vogue le navire en compagnie d’une cinquantaine de kayaks solo ou doubles. Le temps est magnifique, le courant et le vent poussent dans le dos les 90 participants. Je me tiens dans le peloton de tête jusqu’à ce que mon allégresse pique du nez aux alentours des km 53 et 54 de la journée. Je « rame » pour atteindre la marina de Sorel-Tracy, après 7h30 de navigation (courtes pauses néanmoins comprises).

L’histoire se répètera les jours suivants : lever à 5h45; préparation du sac, pliage de tente; toilette de chat; déjeuner; mise à l’eau à 8 h; navigation pour 3-4h; pause lunch; navigation pour 4h minimum; arrivée; montage de tente; douche; apéro; souper ET article à écrire pendant que mes petits amis relaxent; coucher vers 22 h… Un vrai marathon nautique!

Au matin du deuxième jour, c’est dans les vagues que nous jouerons à saute-moutons en pénétrant dans le lac Saint-Pierre, une expérience que mon kayak apprécie plus que moi-même, un peu peureuse et handicapée par un dossier de siège qui s’est brisé en cours de route. Je crie donc presque youpi à l’heure du lunch quand Mathieu prévient les kayakistes qu’il serait préférable pour beaucoup de renoncer à la traversée du lac Saint-Pierre à cause du vent et des vagues annoncées. Je renonce, avec un tiers des participants, passant une partie de l’après-midi à faire de l’exercice manuel en épluchant du maïs pour le souper !

Le lendemain matin, nouvelle pause, cette fois pour tous, alors que j’étais fin prête psychologiquement pour la portion Trois-Rivières-Batiscan. Il y a risque d’orage et la sécurité prime! Sur la plage de Batiscan, nous embarquons en début d’après-midi pour 35 kilomètres de kayak qui nous prendrons quatre heures avant de rejoindre le quai de Portneuf. Entre temps, mon dossier de siège a définitivement rendu l’âme mais l’astucieux Rock (guide de son état d’alors) me trouvera la solution: le ballon de pagaie gonflé en guise de dossier. Brillant. Tellement que je songe à ne pas remplacer l’ancien…

 

Portneuf-Québec: c’est l’étape ultime et je veux absolument la faire en entier mais je dois abandonner l’idée d’utiliser mon kayak solo. J’ai peur du courant qui sera très rapide, du vent annoncé et qui lui-même annonce des vagues qui risquent fort de m’impressionner.

J’opte pour le confort physique et mental en cherchant une place en kayak double. Guillaume accepte de prendre le mien et Luc de m’embarquer comme coéquipière. Je m’en réjouis encore car la matinée sera passablement olé olé, avec des vagues de trois pieds mais avec mon « turbo moteur » à l’arrière, quel plaisir de surfer à répétition. Après Neuville, nous entamons la dernière portion du parcours. Atteindre les ponts de Québec, visibles de loin, sera notre premier fil d’arrivée. Ensuite, tout va très vite avec les Plaines d’Abraham en vue, le Vieux-Québec dépassé, puis le dernier virage pour la Baie de Beauport où nous sommes accueillis en héros et héroïnes. L’excitation aidant, le rythme s’est nettement accéléré sur la fin. J’ai tout de même eu le temps de faire le calcul qu’à raison d’un coup de pagaie à la seconde, nous en avions bien totalisé 100.000 chacun. Multiplié par 90, cela donne pas loin du million collectif !

Crédit: Catherine Desautels

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Un commentaire
  1. surnaturel !!!! quelle belle expérience, vous etes dans la légende Eva Marion!!!!!!
    a bientot pour les jeux Olympiques a Paris

    Bonnes vacances et grosses bises Christine et Régine

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