Grouiller sur un bateau de croisière

137 mètres de long sur 21 de large, ça peut paraître une bonne dimension pour une suite royale mais quand on passe 14 jours dans un tel espace, il faut prendre les grands moyens pour ne pas « rouiller ».

L’Ocean Endeavour, affrété par Adventure Canada et à bord duquel j’ai embarqué fin septembre dans un petit village de la côte ouest du Groenland, est un beau petit navire dont on a bien su masquer les origines est-européennes au fil de rénovations successives depuis sa construction en Pologne en 1982. De lifting en lifting, la « vieille dame » a magnifiquement traversé les époques comme elle traverse la glace, avec sa double coque de classe « icebreaker ».

De ma couette de cabine à une banquette de salon, de la spacieuse salle à manger à la lumière tamisée de la salle de spectacle, j’aurais bien pu jouer les hypo-actives mais on ne se refait pas (même avec un nerf sciatique coincé). Fallait que ça grouille et pas seulement du cerveau, particulièrement sollicité par une série de conférences toutes plus intéressantes les unes que les autres et par des rencontres passionnantes nécessitant d’agiter le stylo à répétition.

Le martyr des étirements

La salle de sport, bien que dotée de belles machines, ne me dit rien qui vaille. Va pour les séances de « stretching » quotidiennes annoncées au programme. Malheur : elles débutent à 6h30 chaque matin… et parfois même 6 h! Je réussis tout de même à m’extirper de ma couette à 6h27 sept matins sur quatorze, à enfiler un short et un tee-shirt puis à filer jusqu’au bout de mon couloir, pour grimper un étage et m’étaler sur un tapis 3 minutes plus tard. Pas question toutefois d’y rester très longtemps sans rien faire. Notre coach Joanne bat le rappel des étirements tous azimuts, de la tête aux pieds, des bras aux jambettes, des muscles aux tendons… et moi je pleure, la souplesse n’étant pas mon fort.

Ouf, au bout de 30 minutes de martyr, fière du devoir accompli, je peux vaquer à mes occupations préférées du matin : une petite douche et surtout un bon déjeuner. Au secours: le buffet déborde de victuailles alléchantes, des omelettes cuites à la demande, du saumon fumé, des pains odorants façonnés par un vrai boulanger, entre autres. Ça commence mal pour le régime ! Pour limiter les pots cassés, je prends rendez-vous avec le plat de saumon fumé chaque matin mais il faut bien un peu de crème et beaucoup de pain avec…

De pont en pont

Qu’à cela ne tienne, je pars ensuite à la découverte des ponts accessibles pedibus. Le septième est le plus long à arpenter en extérieur. Ça tombe bien, c’est celui de ma cabine et et quel bonheur d’y prendre l’air à répétition. Pendant que d’autres se trimballent en petite tenue entre leurs cabines, les salons et la salle à manger par les coursives et escaliers intérieurs, moi j’enfile ma doudoune et passe par l’extérieur chaque fois que possible.

À raison de cinq escaliers extérieurs des ponts 4 à 9 et évidemment 5 à l’intérieur, multiplié par une quinzaine de marches minimum par escalier, le tout multiplié par une dizaine de trajets aller-retour par jour, la reine de l’altimètre que je suis vous livre son chiffre magique : 225 mètres de dénivelé par jour avalé. Voilà qui n’est déjà pas si mal.

C’est sans compter les marches à plat sur les ponts, principalement le septième pour passer de l’avant à l’arrière du bateau et le 9 supérieur dont l’avant surplombe la cabine de pilotage pour les vues panoramiques. Et les sorties impromptues en soirée pour profiter du bain tourbillon ou suer au sauna et celles de nuit pour voir des aurores boréales.

 

 

Tout le monde à terre

On a tout de même vite des fourmis dans les jambes et les excursions en zodiac pour se rendre à terre sont toujours bienvenues. En quatorze jours, nous ne ferons rien de très sportif mais deux heures de marche par jour, arrêts-photos compris, ce n’est pas à négliger, surtout quand il s’agit de balades au Labrador dans la toundra du parc national des monts Torngat, sur le site d’une ancienne mission morave à Ramah, d’un poste baleinier ou de la colline dominant Nain, battue par un vent violent mais avec quelle vue majestueuse!

Ajoutez-y une pincée de vélo de montagne (avec ma copine Sarah-Émilie) à Nuuq, capitale du Groenland, et la découverte la veille du pimpant village de Kamaariut sur un trottoir de bois rappelant celui d’Harrington Harbour, en Basse Côte Nord : vous aurez alors une meilleure idée de la fringale qui nous prenait tous à la vue du gargantuesque buffet du midi comme à l’entrée de la salle à manger le soir, où nous attendait des assiettes déjà montées pour nous présenter les choix du moment.

 

La faute à Francis

Un chef français à bord, ce n’est pas bon pour moi. Francis A Itoumbou, formé à l’école de Bocuse à Lyon, a pris un malin plaisir à nous concocter des petits plats absolument délicieux et son pâtissier n’était pas en reste. Et comme je succombe facilement… J’ai eu beau me gorger chaque jour de poissons frais, les à-côtés (vins et cocktails compris) ont pris rapidement le dessus côté poids.

 

Au secours, je plonge

Ma ceinture abdomidale aidant, je me suis laissée entraîner en pleine mer du Labrador à vivre une activité inédite : le plongeon polaire. Le matin même, dans un fjord, le bateau avait bravement fendu la glace et nous voilà peu après – une gang de malades (pas loin d’un quart des passagers et membres du staff d’Adventure Canada) – prêts à bondir dans les eaux froides depuis le pont 4. Rien ne vaut l’émulation collective : j’accepte bêtement le défi lancé par mes deux collègues journalistes, Véronique et Sarah-Émilie, à condition que nous sautions ensemble. Le trio porte fièrement les couleurs du Québec, faiblement représenté à bord. La gloire nous attend…

En maillot de bain, les pieds gelés sur la marche d’escalier extérieur, je mesure mon degré de folie mais comment reculer avec tous ces badauds qui nous regardent des ponts supérieurs ? Le sort en est jeté : nous sautons de concert.

 

« C’est fait et ce n’est pas si pire », se dit-on en regagnant le bateau. « Mais où est donc mon shooter de vodka ? Et un petit deuxième, s’il vous plait, pour regrimper trois escaliers jusqu’à ma cabine »…

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