L’importance d’une salle sous-estimée

Parfois, souvent même, les petites choses s’avèrent plus marquantes que les grandes. Prenez, par exemple, l’espace exigu en marge des salles d’exposition du Musée d’art contemporain de Montréal. Située juste avant le début des parcours, cette pièce plongée régulièrement dans le noir a toujours un statut de, comment dire, euh… de pas rapport. Mal-aimée, non-officielle, hors-circuit… Sa localisation la condamne à un rôle de remorque qu’on traîne comme un boulet.

Thomas Corriveau  ©MACM

Thomas Corriveau
©MACM

Pourtant, c’est là, sans le poids d’un thème ou d’une signature, loin de l’ombre d’une oeuvre hyper-médiatisée, que l’on vit les plus belles rencontres. L’isolement a ses avantages.

 ©MACM - Thomas Corriveau

©MACM – Thomas Corriveau

C’est le cas actuellement. On trouve dans cette non-salle une installation filmique de Thomas Corriveau, Kidnappé. L’oeuvre en 16 mm, réalisée dans les années 1980, fait officiellement partie de l’expo en cours, Collages. Sans doute, l’expérience aurait pu se vivre ailleurs au musée. Sauf qu’ici, on y entre sans aucune attente, sans aucune obligation – il y en a qui n’oseront même pas entrer. Le contact avec l’oeuvre se fait dans l’intimité. On apprécie davantage ce morceau de bravoure, un collage en soi de plusieurs techniques, un récit plus inventif et audacieux dans sa forme que tous les autres collages célébrés ailleurs. Y compris sa majesté The Clock, l’oeuvre-événement de Christian Marclay projetée à quelque pas.

 ©MACM - Thomas Corriveau

©MACM – Thomas Corriveau

Je ne connaissais pas cette oeuvre de Corriveau. Elle fait partie de ces aventures technologiques qui prennent des rides avec l’âge, et qu’on ne ressort plus. Sa découverte m’a rappelé à quel point cette insignifiante salle a sa raison d’être – bien que je garde l’impression qu’elle soit sous-utilisée, et sous-visitée. J’ai le souvenir, en tout cas, de propositions dignes d’un puissant laboratoire, tel que l’oeuvre en pâte de sel que Raphaëlle de Groot avait élaborée pour parler de la mémoire.

 ©MACM - Thomas Corriveau

©MACM – Thomas Corriveau

Dans l’agrandissement annoncé mais non énoncé du MACM, je me demande quel sort réservera-t-on à cette salle. Sa mort ou son salut?

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